Maxime est fier de son nouveau vélo, Elise a reçu une poupée et un landau. Sophie aide sa maman à faire la vaisselle, tandis qu’Arthur aide son papa à réparer la voiture. Julie est attentive en classe et a reçu un 10/10. Philippe n’écoute pas la leçon, il sera puni. La maman de Théo est institutrice, le papa de Théo est docteur". Autant de clichés sexistes, de représentations stéréotypées qui existeraient toujours bel et bien dans les manuels scolaires des écoliers, rythmant ainsi leurs apprentissages d’images non égalitaires.

C’est du moins l’avis de la direction de l’Egalité des chances du ministère de la Communauté française qui vient de publier une brochure de plus de cent pages intitulée : "Sexes et Manuels". Un ouvrage qui entend promouvoir une représentation égalitaire des femmes et des hommes, des filles et des garçons dans les manuels scolaires.

L’objectif de la démarche ? Faire connaître aux inspectrices et inspecteurs, aux enseignantes et enseignants, aux formatrices et formateurs de futurs enseignants et aux acteurs de la chaîne du manuel scolaire les résultats des recherches récentes en la matière, et surtout, leur transmettre des clés de lecture pour détecter les représentations stéréotypées afin de promouvoir l’égalité des sexes dans les supports pédagogiques.

Concrètement, plus de 800 manuels scolaires ont été passés sous la loupe du groupe de travail à l’origine de la publication, composé d’inspecteurs et d’inspectrices de l’enseignement fondamental et secondaire. Pendant 3 ans, ils ont réfléchi ensemble aux questions liées aux représentations stéréotypées et ont relevé des illustrations dans des manuels de français, de mathématiques, d’histoire, de langue, etc. Parmi ces chercheurs, Nicole Mosconi, professeur en Sciences de l’éducation à Paris et Sylvie Cromer, maître de conférences en Sociologue à l’Université de Lille. Selon ces dernières, "le manuel scolaire est un organisateur de connaissances, qui présente de nombreuses notions contribuant à la transformation progressive des représentations que se fait l’élève du monde. Intentionnellement ou non, le manuel véhicule des valeurs, une culture qui agiront sur les représentations mentales de l’apprenant."

Parmi ces valeurs, le genre, les relations femmes/hommes, filles/garçons, les rôles qu’on leur attribue sont fondateurs de la construction de l’identité de l’élève. "On a tendance à naturaliser la différence des sexes, et a se référer au savoir dit ‘de sens commun’ c’est-à-dire aux choses apprises socialement parce que liées à la conduite des pairs", expliquent-elles. Ces valeurs participent à la construction de l’image de soi, des comportements et préoccupations, des modes relationnels et des projets d’avenir personnels et professionnels.

Ainsi, au travers d’un recensement de 3 610 personnages issus de trois différents types de manuels scolaires de mathématiques - quinze au total -, les expertes ont relevé que 61% d’entre eux appartenaient au sexe masculin, tandis que 39 % étaient féminins. Parmi cette dernière proportion, seuls 5 % représenteraient la femme, 80 % des personnages étant des enfants. A côté de cette minoration numérique quant à la présence féminine dans les manuels scolaires, d’autres éléments rentrent en ligne de compte. Notamment en ce qui concerne les attributs scolaires - jupe rose et cheveux longs pour les filles, pantalon bleu et cheveux courts pour les garçons - ostentatoirement plus donnés aux garçons qu’aux filles. "Par exemple, c’est le garçon qui tient le stylo, la fille n’a rien dans les mains." Le fait que les hommes soient représentés dans tout type d’activités alors que les femmes sont cantonnées à certaines d’entre elles est également une observation saillante dans les supports analysés. "Les personnages féminins sont bannis des tâches artistiques, intellectuelles ainsi que de celles relatives à l’ordre et à la sécurité", observent les chercheuses.

Ce guide passe ainsi en revue les "automatismes psychologiques" présents dans les manuels scolaires. Le tout vise à constituer un éventail de recommandations sur des clichés à éviter et met l’accent sur des démarches à encourager, que ce soit lors de la conception d’un ouvrage (illustrateurs, éditeurs), lors de son agrément (inspecteurs) ou encore lors de son utilisation (professeurs).