Comment Nordine Amrani a-t-il pu se procurer les armes et les grenades qu’il a utilisées mardi sur la place Saint-Lambert, à Liège ? L’enquête devra le déterminer. Est-il simple de se procurer de telles armes lourdes ? Non, disent plusieurs experts en matière de trafic d’armes de la police fédérale.

"Le marché des armes lourdes est relativement restreint. On peut en trouver, quand on fait partie du milieu, mais pas à tous les coins de rue comme on le dit parfois", souligne ce policier qui préfère rester anonyme et qui est un des meilleurs experts du trafic d’armes en Belgique. Tout simplement parce que ces armes longues ne peuvent se porter sur le corps : Nordine Amrani avait ainsi dû les transporter dans un sac de sport. "Qui a besoin d’une arme qui ne peut être dissimulée ? Pas grand monde : ceux qui veulent se faire un fourgon, une banque ou à la rigueur un règlement de comptes", ajoute-t-il.

Pour ces armes, il y a deux sources principales. Il y a la "famille Kalachnikov", des armes qui viennent d’Europe de l’Est, principalement de l’ex-Yougoslavie. Pas question de "cargaisons", comme le prétend la rumeur. "C’est 1, 2, voire 3 ou 4 armes maximum ramenées", dit-il. Il y a ensuite les armes produites en Belgique, comme le FAL - utilisé semble-t-il par Amrani - ou la FNC, des armes volées dans les stocks stratégiques de l’armée ou à l’armée même.

On n’en saisit que très peu par an : 20 voire 25. Ce trafic reste très marginal. Et, constate cet expert, ce sont souvent des armes qui servent plusieurs fois, qui "tournent", ont une longue vie car elles sont conçues pour tirer des milliers de coups. Leur prix varie en fonction de la demande ou de leur état : "Une Kalachnikov, c’est ce qui reste le moins cher, car c’est une arme rustre : 1 000 voire 1 500 euros", dit-il.

Quant aux grenades, il est relativement rare d’en trouver, même s’il y en a. "Cela peut être accessible mais qui peut en avoir l’utilité ? Hormis pour intimider dans les milieux criminels." Ce n’est donc pas très prisé du milieu, d’autant que c’est très délicat à stocker.

Le gros du trafic d’armes concerne les armes de poing, qui peuvent parfois se négocier à 500, 600 euros, mais bien plus souvent 1 000, voire 2 000 euros. Trois sources principales pour ce trafic : les armes en vente libre détournées (vendues librement car soi-disant on ne trouve plus les munitions - ce qui est faux), les armes neutralisées remises en état par des collectionneurs ou des techniciens (comme semblait l’être Nordine Amrani) ou les armes volées et détournées. Ce sont surtout les deux premières sources que l’on retrouve qu’en Belgique.

"Dans la plupart des dossiers on retrouve ces collectionneurs, des fous d’armes, qui n’ont pas d’agrément, et qui ont besoin d’argent pour assouvir leur passion et sont donc prêts à vendre à n’importe qui", relève un autre expert, le commissaire Pierre-Yves Fievez.

"Le trafic d’armes n’est pas la forme de criminalité la plus importante car ce n’est pas générateur de grands profits", relève le premier policier, d’autant qu’il y a régulièrement plusieurs intermédiaires. Ce qui rend les enquêtes difficiles, d’autant, regrette-t-il, que les méthodes particulières de recherche sont difficilement accessibles pour les dossiers de trafic d’armes. "C’est une criminalité un peu oubliée", déplore-t-il.