Intolérante, la Flandre? Frileuse envers les étrangers, les immigrés? Non, répond-on au nord du pays, mais les ressortissants non-européens qui veulent s'établir durablement `chez nous´ doivent s'intégrer. Et, d'abord, parler le néerlandais. Mais pas seulement.

Une nouvelle notion a vu le jour en Flandre: `inburgering´, qu'on peut traduire - tant bien que mal - par `citoyennisation´. Les nouveaux arrivants (demandeurs d'asile recevables, réfugiés politiques reconnus, clandestins régularisés et migrants arrivés dans le cadre d'une réunification familiale) se trouvent confrontés à une langue inconnue, à d'autres valeurs, normes et habitudes, souvent aussi l'incompréhension et l'intolérance, expose Patrick Dewael, ministre-président (VLD) du gouvernement flamand. `Ils risquent donc de rester à la remorque de la société.´

D'où cette idée de `citoyennisation´, `un processus interactif où tant les intérêts des nouveaux arrivants que ceux de la société sont pris en compte´, continue le Premier flamand. Le gouvernement flamand veut donc inciter les étrangers à s'intégrer `rapidement et de manière durable´ en leur proposant un programme de citoyennisation.

Chaque année, 21 000 nouveaux venus viennent s'installer en Flandre, dont 55 pc sont originaires de pays hors-Union européenne. Les `trajets d'intégration´ s'adressent en particulier à ceux qui ont l'intention de s'établir pour une longue période, parlent une autre langue et présentent des caractéristiques qui risquent de les placer dans une situation de précarité permanente. Quelque 13 000 personnes seraient concernées tous les ans, selon l'estimation du gouvernement flamand.

UNE `ATTESTATION´ FINALE

Gand et Anvers ont joué les pionniers en la matière en développant, début des années 90, des initiatives pour accueillir les nouveaux arrivants. À partir de 2000, le mouvement s'est accéléré. Il existe aujourd'hui 26 bureaux d'accueil qui peuvent accompagner annuellement 2 256 personnes. L'équipe Dewael vient d'approuver le décret `inburgering´, qui vise à étendre cette politique de `citoyennisation´ dans toute la Flandre et à Bruxelles. Les villes et les communes qui inscriront des étrangers devront les informer sur les programmes d'intégration et les diriger vers un bureau d'accueil.

La `citoyennisation´, version flamande, passe par plusieurs phases. Première étape: 120 ou 180 heures de néerlandais (selon les cas) et 60 heures d'orientation sociale sont proposées aux candidats à la citoyenneté flamande. Concrètement? On leur apprend comment prendre le tram, comment se rendre à Bruges ou à Bruxelles, quand il faut sortir les poubelles, comment obtenir un permis de conduire ou chercher un emploi... Dans un deuxième temps, les étrangers qui maîtrisent les rudiments de la langue de Vondel pourront s'adresser au VDAB (l'équivalent du Forem en Flandre) pour améliorer leurs connaissances par des cours sur mesure et suivre des formations pour faciliter leur entrée sur le marché du travail.

La commune signe avec les nouveaux arrivants une sorte de contrat qui précise les différentes étapes de leur `trajet d'intégration´. En fin de parcours, ils reçoivent une attestation d'intégration...

En 2002, le gouvernement flamand débloquera 374 millions de BEF pour le financement de ce projet. Un budget auquel il faut ajouter 80 millions pour les cours de langue aux enfants primo-arrivants et 120 millions de BEF pour les mesures de mise au travail.

Le gouvernement flamand espère que ces moyens suffiront pour que le décret puisse s'appliquer, en 2002, à un tiers des nouveaux arrivants (soit 4 600 projets). Si le décret ne dit rien sur l'éventuelle obligation, pour les étrangers, de suivre ce parcours d'intégration, c'est que la question reste théorique: l'offre est aujourd'hui nettement inférieure à la demande et les listes d'attente sont longues pour le premier `paquet´ de cours de langue... Mais, d'ici la fin de la législature, l'équipe Dewael voudrait toucher les 13 000 personnes concernées chaque année. Que décidera-t-on alors en Flandre? `On s'en remettra à la sagesse du Parlement flamand pour déterminer les modalités d'une obligation´

Indique Patrick Dewael.

© La Libre Belgique 2001