L'enquête continue activement au parquet de Namur dans l'affaire du réseau d'échange de photos et vidéos pédophiles révélée, lundi, au grand jour. Toutefois, mardi, aucune nouvelle mise à disposition n'était signalée et le visionnage des centaines de milliers de photos et des centaines d'heures de bande vidéo déjà collectées était encore en cours. Un travail compliqué par le fait que les enquêteurs doivent déterminer si les photos confisquées ont été prises directement ou non mais également visionner des cassettes vidéos entières, les images en cause n'apparaissant que tout à la fin de la bande.

C'est le 10 septembre que l'affaire a réellement éclaté. Ce jour-là, la police perquisitionnait, à Hantes-Wiheries chez un homme d'une soixantaine d'années suspecté de pédophilie. Ce devoir d'instruction permettait de mettre la main sur des images pédophiles et l'intéressé, J.D., était privé de liberté. Mais c'est surtout la découverte de deux petits cercueils blancs qui avait intrigué les enquêteurs. Alors qu'on aurait pu penser au pire, ceux-ci contenaient les cadavres de deux chiens, morts en 1989 et 1995, enterrés selon la croyance de J.D., membre d'une secte jusqu'ici inconnue.

Parmi les trois autres suspects arrêtés entre le 14 et le 19 septembre, le cas de Michel Decré est certainement tout aussi «intéressant». En effet, l'homme de 50 ans avait déjà écopé de sept ans de prison, en 1988, à la suite du premier grand scandale pédophile à avoir éclaté en Belgique, «l'affaire du Cries».

Association bruxelloise forte d'environ 400 membres, le Centre de recherche et d'information sur l'enfance et la sexualité (Cries) avait notamment comme objectif la reconnaissance des relations affectives et sexuelles, quel que soit l'âge des personnes impliquées, du moment qu'il y avait consentement mutuel.

Le procès révéla surtout qu'il s'agissait d'une «association structurée pour commettre des attentats à la pudeur sur de jeunes enfants».

Neuf personnes avaient été condamnées à des peines variant de 7 à 10 ans de prison. Parmi eux, Michel Decré, traducteur au ministère de la Justice, avait notamment été reconnu coupable d'avoir organisé chez lui certaines des soirées sordides.

Cédric Visart de Bocarmé, procureur du Roi à Namur, espère bien remonter la filière le plus loin possible et punir sévèrement les consommateurs de pareilles images. Parce que, pour le moment, il ne s'agit que de pédophilie «passive». Lors de leur première comparution, la chambre du conseil de Namur avait d'ailleurs demandé la libération des inculpés puisque l'attentat à la pudeur n'était pas établi.

Toutefois, le parquet avait interjeté appel en vertu du mandat d'arrêt qui ne parlait pas d'attentats à la pudeur mais de distribution et détention d'images pédophiles. Une triste activité qui, si elle n'implique pas de contact direct avec des enfants, n'en est pas moins responsable d'une partie de la maltraitance infligée à de petits innocents.

© La Libre Belgique 2001