Un prédicateur bruxellois parti en Syrie pour convaincre de jeunes Belges de revenir au pays apparaît depuis quelques jours dans une vidéo où il appelle - au contraire - ses "frères moudjahidines" belges à combattre le régime syrien.

I liass Azaouaj, 24 ans, est masqué dans la vidéo mais il a été identifié par les services de l’antiterrorisme belge, avec l’aide de la famille. "Les gens doivent savoir aujourd’hui que le seul moyen de transmettre la parole, c’est par le combat. Car le dialogue, c’est terminé, on ne parle plus", dit-il notamment. Il précise qu’il abandonne argent et célébrité pour se ranger du côté des djihadistes et "pour tuer ceux qui nous tuent et combattre ceux qui nous combattent".

L’homme est un prédicateur d’Anderlecht, fort écouté des jeunes musulmans. Il s’était distingué l’an dernier en prenant publiquement position contre "Shariah4Belgium" et l’instrumentalisation de l’islam par ce groupe salafiste radical. Parti en avril dernier, il avait rapidement disparu. Il aurait été arrêté par un groupe radical peu après le passage de la frontière turco-syrienne. En août, sa famille affirmait que son compte Twitter avait été piraté. Menaçant la Belgique, Azaouaj se disait "membre d’al Qaeda" et qu’il fallait s’attendre "à des surprises".

Le prédicateur belgo-marocain aurait été jugé et condamné par un tribunal islamique constitué par l’un des nombreux groupes jihadistes locaux, selon le député bruxellois Fouad Ahidar (SP.A).

Ceinture d’explosifs

La vidéo est apparue sur le Net le 7 novembre. Elle a été examinée par l’antiterrorisme belge. Celui-ci estime qu’il s’agit bien d’Iliass Azaouaj mais ne peut pas se prononcer sur la spontanéité de ses propos. "Pourquoi a-t-il fait cela ?", s’interroge un policier. "A-t-il viré sa cuti ? A-t-il dit cela sous la menace ?"

Azaouaj affirme qu’il doit rester masqué dans la vidéo pour échapper à ceux qui le combattent. Il déclare aussi avoir travaillé "quelque temps" pour les services secrets marocains, et avoir eu "une relation" avec la police fédérale, puis avec la Sûreté de l’Etat.

Curieusement, aucun logo n’apparaît dans la vidéo, tournée dans le salon d’une grande villa située sans doute dans le nord de la Syrie. Azaouaj porte sur lui un pistolet et, dit-il, une ceinture d’explosifs.

Contrairement à son (faux ?) compte Twitter, Iliass Azaouaj ne profère aucune menace précise à l’encontre de la Belgique dans la vidéo de cinq minutes mais déclare que les Etats-Unis, l’Europe et l’Occident "ne comprennent pas" pourquoi de jeunes musulmans venus selon lui de 70 pays viennent se battre en Syrie. Contacté mardi par "La Libre Belgique", son frère cadet Ibrahim n’a voulu faire "aucun commentaire".

Azaouaj a-t-il parlé sous la contrainte ? Difficile à dire. Les vidéos sont en tout cas l’outil de propagande le plus efficace des groupes salafistes. Ils tentent de capter l’attention des jeunes musulmans belges et de jouer sur leur mauvaise conscience.

Et à en croire Bahar Kimyongür, un Belge originaire d’Antioche (Turquie) qui tente d’aider les familles de ceux qui sont partis, les départs continuent malgré le fait que plusieurs jeunes Belges aient été tués sur place. "Deux pôles de recrutement existent à Bruxelles, à Vilvorde et à la place du Pavillon à Schaerbeek", dit-il. "Avant de devenir des machines à tuer, nous jeunes sont d’abord des victimes de sectes qui prônent le suicide collectif." Les autorités belges parlent elles d’un flux "continu" de djihadistes qui partent et qui reviennent. Les tracer est difficile car beaucoup quittent la Belgique en bus ou en train, rejoignent Düsseldorf ou Cologne d’où ils prennent un avion pour Istanbul.