La mauvaise santé mentale, c’est un vrai problème pour le marché de l’emploi. En Belgique, un tiers des personnes sans emploi souffrent ainsi d’un trouble mental, grave ou modéré. Soit un sans-emploi sur trois !

C’est la révélation principale de la première étude de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) sur les défis de la santé mentale et du travail dans notre pays. En croisant des données administratives (cliniques et relatives aux bénéficiaires de prestations d’invalidité) et les résultats d’enquêtes plus subjectives (sur base de questions relatives à l’irritabilité, l’insomnie, la nervosité, le désespoir, la dévalorisation, le stress, ), on peut repérer les personnes en "bonne" ou "mauvaise" santé mentale.

Moins performants

S’agissant des travailleurs belges souffrant d’un trouble mental, 4 sur 5 déclarent être moins performants au travail, relève l’OCDE. Les absences pour maladie sont fréquentes chez les personnes concernées. Autre constat : les demandes de pension d’invalidité pour cause de mauvaise santé mentale sont fréquentes et leur nombre va croissant. Les troubles mentaux sont ainsi la raison principale de demande de prestations pour un tiers environ des 260 000 bénéficiaires de l’assurance invalidité et pour une proportion importante des 160 000 personnes considérées comme invalides.

Fait marquant : c’est chez les jeunes que la hausse est la plus forte. Près de la moitié des dossiers soumis à l’Institut national de maladie invalidité (Inami) en 2010 par des personnes âgées de 20 à 39 ans faisaient état de problèmes mentaux, contre 20 % chez les 50-64 ans.

L’OCDE estime que les pertes d’emploi et les dépenses ainsi générées représentent, pour l’économie et la société belge, un coût annuel avoisinant 3,4 % du Produit intérieur brut (PIB).

Les coûts indirects (en pertes d’emplois, diminution des performances, ralentissement de la compétitivité ) dépassent de loin les coûts directs de santé (36 %) que font peser sur la société les problèmes de santé mentale, précise la publication de l’OCDE.

Plutôt chômeurs qu’invalides

La Belgique présente d’ailleurs une particularité : parmi les personnes qui souffrent d’un problème mental modéré, celles qui perçoivent une allocation de chômage sont plus nombreuses que les bénéficiaires de prestations d’invalidité. Dans le même sens, une proportion relativement importante de personnes atteintes de graves troubles psychologiques touchent chez nous le chômage alors qu’ils percevraient plutôt une pension d’invalidité dans d’autres pays de l’OCDE.

Autrement dit : les citoyens belges atteints de troubles mentaux perçoivent généralement une indemnité de chômage pendant très longtemps lorsqu’ils perdent leur emploi. Explication ? Les personnes concernées ne seraient guère incitées, d’un point de vue financier, à solliciter des indemnités de maladie ou une pension d’invalidité, car les montants sont assez comparables. La tendance devrait pourtant s’inverser : depuis novembre 2012, les allocations de chômage sont devenues plus dégressives et moins généreuses que les prestations d’invalidité

L’OCDE voit pourtant un avantage au maintien des personnes atteintes de troubles mentaux dans le système du chômage : elles restent en contact régulier avec les services de l’emploi, ce qui peut jouer en faveur de leur réintégration dans le circuit du travail. Encore faudrait-il que Forem, VDAB et Actiris accordent plus d’attention aux personnes avec des troubles mentaux