Un juge bruxellois a refusé la semaine dernière de placer un homme en détention, bien que celui-ci ait été condamné pour avoir participé aux activités d'une organisation terroriste et qu'il ait précédemment avoué avoir décapité une personne en Syrie, rapporte Het Laatste Nieuws lundi.

Iliass Khayari, âgé de 25 ans, a avoué la décapitation au cours d'une conversation téléphonique, dont Het Laatste Nieuws a pu se procurer l'enregistrement. "C'était un hérétique", affirme-t-il à son interlocuteur au sujet de sa victime. "Nous lui avons coupé la tête."

Le parquet fédéral pour une arrestation immédiate

La semaine dernière, cet homme a été condamné par le tribunal correctionnel de Bruxelles à cinq ans d'emprisonnement, dont la moitié avec sursis, pour participation aux activités d'une organisation terroriste. Le parquet fédéral avait requis son arrestation immédiate, mais le juge a estimé qu'elle ne se justifiait pas.

Iliass Khayari est donc libre jusqu'à sa condamnation définitive, qui pourrait n'intervenir que dans plusieurs mois s'il décide de faire appel. Une enquête a bien été ouverte sur la décapitation, elle conduira probablement à un second procès.


Les explications de Me Drita Dushaj, le conseil d'Iliass Khayari

L'avocate bruxelloise Drita Dushaj, conseil d'Iliass Khayari, rappelle à La Libre qu'elle et son client ont toujours reconnu, devant la justice, le fait qu'Iliass Khayari a rejoint la Syrie, en 2012, "à une époque où ces départs n'étaient pas dénoncés ou condamnés par les autorités politiques ou judiciaires et où Daech n'existait pas". "Il avait 19 ans et il a agi par pur idéalisme. Il a d'ailleurs servi dans un hôpital syrien avant d'être enrôlé de force dans des cellules combattantes, privé de passeport et obligé d'assister à des horreurs comme des décapitations. Il ne s'en est jamais caché. Il a été blessé et a fini par réussir à fuir la Syrie et depuis son retour a trouvé du travail, s'est intégré dans la société belge, fiancé, resocialisé. Il n'a jamais eu le moindre problème avec le justice sinon, bien évidemment, les poursuites dont il a fait l'objet et qui ont abouti à sa condamnation."

Me Dushaj insiste aussi sur le fait que son client, libéré par la chambre des mises en accusation et qui comparaissait donc libre à son procès, ne s'est jamais soustrait à la justice belge, qu'il a assisté à toutes les audiences de son procès et qu'il est venu entendre le jugement. Sans doute cela a-t-il influencé la décision du juge de ne pas prononcer d'arrestation immédiate qui, rappelle un spécialiste de la procédure pénale, est décidée s'il y a eu de craindre qu'un condamné veuille se soustraite à l'exécution de sa peine. Rappelons qu'Iliass Khayari a encore la possibilité d'interjeter appel de son jugement.

Quant aux faits relevés par Het Laatste Nieuws, ils pourraient donner lieu à de nouvelles poursuites mais, selon certaines sources, Khayari aurait déjà été interrogé à ce propos sans être inquiété jusqu'à présent.