Le chiffre est connu, mais il ne cesse d’interpeller : environ 65 % des étudiants du supérieur échouent lors de leur première année d’étude.

Par ailleurs, alors que le nombre d’étudiants qui entrent dans l’enseignement supérieur continue de croître, le nombre de diplômés au sein de la population âgée entre 30 et 34 ans stagne étrangement depuis 10 ans. Cette constatation, qui est propre à la Belgique, n’est pas encore expliquée clairement. Une marche trop haute entre le secondaire et le supérieur est cependant évoquée, tout comme une mauvaise orientation à l’entame des études qui finirait par perdre les étudiants.

Pire encore, au rang des constats, l’insertion socioprofessionnelle des diplômés du supérieur, qui n’est pas chiffrée, n’est pas suffisamment réussie, affirment de nombreux acteurs du monde professionnel.

18 propositions

Ces différents constats sont à la base du rapport du Collège d’experts chargés de penser les grands défis qui seront rencontrés par l’enseignement supérieur d’ici 2030 (voir ci-contre).

Pour y répondre, le rapport propose 18 mesures "urgentes", en l’absence desquelles l’enseignement supérieur francophone, qui demeure de qualité, risquerait d’être rapidement "dépassé".

Parmi ces propositions, on retrouve la mise en place de tests d’orientation obligatoires à l’entame des études.

"Dans le contexte d’un enseignement obligatoire n’organisant pas d’examen terminal généralisé comme, par exemple, le baccalauréat français, il est indispensable d’établir, pour tout futur étudiant, un diagnostic de ses connaissances, de ses capacités et de ses compétences , peut-on lire dans le rapport . Sur la base de ce diagnostic, chaque futur étudiant, en tant que jeune adulte responsable, a la possibilité de faire les choix judicieux pouvant répondre à ses ambitions personnelles. "

En d’autres mots, ces tests, qui seraient spécifiques en fonction des filières, ne devraient pas êtres contraignants (même si le Collège n’a pas arrêté sa position en la matière). Dans certains cas néanmoins, les étudiants pourraient être tenus de suivre des activités de remédiations.

Ce dispositif, point important, ne serait pas non plus isolé. Il devrait impérativement être accompagné d’entretiens individuels pour chaque étudiant, lui permettant de comprendre les enjeux et les possibilités qui s’offrent à lui. Il devrait également être accompagné de dispositifs de remédiation, et d’un suivi des étudiants tout au long de leurs études.

Quoi qu’il en soit, assurent les experts, "le caractère obligatoire d’un tel test permettrait de réduire l’échec, d’améliorer l’orientation professionnelle et de favoriser un meilleur encadrement" des étudiants.

Un début de cursus plus généraliste

En parallèle, les experts préconisent de développer des premières années d’études plus "généralistes".

De très nombreux échecs en début de cursus sont en effet dus " à l’indécision de l’étudiant quant à son orientation, ainsi qu’à sa méconnaissance du contenu et des exigences de la formation sur laquelle il a porté son choix." Du coup, afin " d’aider l’étudiant dans son choix d’études et de voie professionnelle, il serait opportun de mettre en place un dispositif d’orientation progressive. En première année, l’étudiant pourrait choisir un secteur (sciences et techniques, sciences humaines, sciences sociales, droit et économie, etc.). Le choix du programme de cours se ferait avec l’aide d’un conseiller aux études et s’affinerait à l’issue de deux ou trois quadrimestres."

U ne idée qui sera longuement débattue

Bien entendu, à l’instar des autres propositions présentées dans le rapport, les nombreux aspects opérationnels devront encore être débattus. L’Ares, qui a pris acte de ces recommandations, statuera prochainement afin de voir s’il pourra les transformer en revendications ou propositions formelles. Elle espère également qu’elles atterriront au Parlement.

De son côté, la Fédération des étudiants francophones (la Fef) a d’emblée tenu à réagir, se montrant très sceptique. " L’utilité d’un test obligatoire n’a jamais été scientifiquement prouvée, s’est inquiété Maxime Mori, président de la Fef. Nous le redoutons d’autant plus que là où on l’a instauré précédemment (en polytechnique et en médecine), cela a finalement débouché sur un examen d’entrée."

Quoi qu’il en soit, le rapport du Collège des experts a habilement projeté l’idée sur le devant de la scène. Dans un contexte de définancement de l’enseignement supérieur, et dans un secteur qui peine à orienter ses étudiants, on peut parier qu’elle sera sérieusement débattue.

Faut-il instaurer un test d'entrée pour tous à l'université?

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