Les députés francophones ont constaté, mardi, en commission du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la naissance d’un consensus sur l’introduction d’un tronc commun aux cours de religion, philosophie et morale dès l’enseignement fondamental, débat sensible qui a connu d’importantes avancées ces derniers mois.

La ministre de l’Enseignement obligatoire, Marie-Dominique Simonet (CDH), interpellée par les députés Richard Miller (MR) et Yves Reinkin (Ecolo), a fait siens plusieurs éléments issus des concertations avec le Conseil consultatif des cours philosophiques (CCCP) et les représentants des cultes.

Elle propose de créer, dès le fondamental, un "tronc commun" à tous les cours de religion ou de morale, afin de développer la pensée rationnelle, logique et argumentative autour de trois grands axes : le questionnement philosophique, le dialogue interconvictionnel et l’éducation à une citoyenneté active. Ces trois axes ont été définis récemment.

Le questionnement philosophique - "penser par et pour soi-même grâce aux autres" - repose sur la pratique du dialogue, la confrontation des points de vue, l’argumentation, l’ouverture à la pluralité, etc. "Un tel enseignement doit commencer dès l’école fondamentale", estime Mme Simonet, qui se fonde notamment sur des recommandations de l’Unesco. Il est "plus vaste qu’un enseignement de la philosophie qui commencerait au troisième degré de l’enseignement secondaire, à raison d’une heure semaine, et qui n’est pas envisageable dans le contexte budgétaire et dans le cadre de la grille horaire actuels".

Le dialogue interconvictionnel comprendra une initiation aux différentes confessions religieuses et aux divers courants de la laïcité, a ajouté Mme Simonet. Cette partie "facilitera l’organisation d’activités communes".

Enfin, l’éducation à la citoyenneté se subdivisera en une partie d’instruction civique (droits et devoirs du vivre ensemble) et d’introduction aux fondements philosophiques et religieux de la citoyenneté (sens de l’existence, développement moral).

Ce tronc commun, qu’élaborerait un groupe de travail interconfessionnel et de morale non confessionnelle, serait intégré dans des "référentiels de compétences", des "nomenclatures" définies par les autorités de chaque culte ou de morale non confessionnelle.

Ces nomenclatures seraient toutefois soumises à une procédure d’agréation par la Commission de pilotage et à l’Inspection, afin notamment de vérifier leur conformité avec les textes légaux, le respect des compétences, la progressivité des apprentissages, etc.

La ministre envisage également des modules de formation continue à l’intention des enseignants, dans le cadre de la partie commune. "On arrive progressivement à un consensus, mais un tel travail demande du temps et de la concertation", a commenté Mme Simonet, partisane d’une "normalisation qui préserve les spécificités de ces cours".

"Vous semblez avoir trouvé la réponse pour résoudre cette problématique", a commenté Richard Miller (MR), demandeur de longue date d’un cours de philosophie à l’école. L’idée d’une nomenclature commune serait une avancée "très importante", a-t-il ajouté, soulignant la nécessité de donner aux élèves la possibilité de débattre en commun de ces sujets.

"Ce que vous proposez va dans le bon sens si on veut éviter les replis identitaires et communautaristes, dans notre société multiculturelle", a ajouté Yves Reinkin (Ecolo). Il en appelle aussi à ce que les rencontres d’élèves suivant divers cours philosophiques soient suffisamment fréquentes et souligne l’importance de la formation continue des enseignants. (Belga)