Son voyage en Belgique, Gladys Hernandez risque de s’en souvenir longtemps. Vu l’accueil qui lui a été réservé, il y a même fort à parier qu’elle ne se risquera plus jamais à venir exercer ses talents dans notre pays.

Le 29 août dernier, cette musicienne de 42 ans débarque à Zaventem en provenance de Cuba, son pays d’origine. Son groupe de musique, "La Sonora Cubana", a été invité par la société Mangrove Productions à effectuer une tournée en Belgique et dans différents pays européens. Plusieurs membres de ce groupe ont notamment joué avec le célèbre "Buena Vista Social Club", immortalisé dans le film de Wim Wenders. Ils devaient notamment se produire au bal du bourgmestre de Berchem-Sainte-Agathe le 6 octobre prochain.

Gladys Hernandez est chanteuse et percussionniste. Comme les autres membres du groupe, elle a obtenu, de l’ambassade de Belgique à La Havane, un visa Schengen "court séjour", valable jusqu’au 1er novembre.

Le voyage se passe sans encombre. Du moins pour les trois autres musiciens qui font le voyage depuis Cuba. Car lorsque Gladys Hernandez se présente au contrôle des passeports, elle est emmenée par la police de l’aéroport pour un interrogatoire plus approfondi. "Elle avait un visa en règle, la lettre d’invitation de la société de production belge ainsi que 600 euros en cash. Malgré tout cela, les policiers ont estimé que son récit n’était pas crédible" , s’insurge Selma Benkhelifa, l’avocate de l’artiste.

A la stupéfaction des musiciens et des organisateurs de la tournée, Gladys Hernandez est placée en détention au centre "Caricole", le centre de transit installé à proximité de l’aéroport de Zaventem. Elle s’y trouve toujours à l’heure actuelle, et risque à tout moment l’expulsion vers La Havane, le recours introduit en extrême urgence auprès du Conseil du contentieux des étrangers ayant été rejeté. "C’est complètement kafkaïen , poursuit Selma Benkhelifa. On a refusé d’examiner la requête en extrême urgence parce qu’il n’y avait pas violation de la Convention européenne des droits de l’homme. Mais il est évident qu’il n’y a pas violation de cette convention puisque ma cliente ne vient pas en Belgique pour demander l’asile. Elle vient pour s’y produire en concert."

La cliente de Me Benkhelifa reste donc détenue sans qu’un recours contre la décision de lui refuser l’accès au territoire puisse être intenté. Il est encore possible d’attaquer la mise en détention devant la chambre du conseil, mais cette procédure n’est pas suspensive. Gladys Hernandez pourrait donc être expulsée avant que ne tombe la décision de son éventuelle libération.

"Avoir un visa en règle n’est pas suffisant pour accéder au territoire, explique Dominique Ernould, porte-parole de l’Office des étrangers. A la frontière, la police fédérale peut exiger les preuves du motif du séjour et vérifier si la personne dispose bien des ressources nécessaires pour séjourner dans le pays. Dans ce cas-ci, les motifs étaient flous et les ressources insuffisantes."

L’Office des étrangers indique ainsi que les dates de concerts étaient inscrites sur un calendrier datant de 2011. La chanteuse ne pouvait prouver aucune réservation d’hôtel. Elle ne possédait pas de carte de crédit et indiquait pouvoir compléter les 600 euros dont elle disposait par un cachet de 900 euros promis à l’issue des concerts. "Là encore, il aurait fallu prouver ces dires par un contrat de travail, ce que l’intéressée n’a pas été en mesure de faire" , regrette Dominique Ernould. Quant aux moyens de subsistance, la société de production s’était engagée auprès des musiciens à subvenir à tous les frais inhérents à leur séjour. Elle avait loué un bus à couchettes, comme c’est l’usage lors de tournées européennes, mais l’Office a indiqué ne pas avoir eu connaissance de cet élément au moment de prendre une décision.

Curieusement, les autres membres de "La Sonora Cubana" ont passé la frontière sans problème. En attendant la décision de la chambre du conseil, ils s’efforcent de soutenir leur amie comme ils le peuvent tout en ayant été contraints d’annuler les deux premiers concerts de la tournée.

Gladys Hernandez, elle, commence à voir le temps long. "Je n’aurais jamais cru qu’une chose pareille m’arriverait un jour , nous a-t-elle indiqué au téléphone. Je viens ici pour me produire sur scène mais on me traite de menteuse et on m’enferme. Quand je suis venue jouer en Allemagne l’année dernière, je n’ai eu aucun problème."

La décision de la Chambre du conseil devrait intervenir dans les cinq jours.