Si les huissiers de la Chambre, qui gravitent autour de la petite salle du deuxième étage où semaine après semaine les propositions de lois (flamandes) sur la scission de BHV sont à l'affiche, s'étaient doutés un seul instant qu'ils serviraient le café dans l'un des endroits les plus à la mode de Bruxelles, probablement ne l'auraient-ils pas cru.

C'est pourtant le cas : au gré des ultimatums posés par les partis flamands de l'orange bleue, la petite salle de la commission rassemble gros bras politiques, journalistes et curieux en tous genres sur sa moquette verdâtre. Ce sera le cas cette après-midi puisque la menace d'un vote flamand sur BHV est plus que jamais brandie. Cette commission, présidée par le CD & V Pieter De Crem, compte 17 membres avec droit de vote (11 Flamands et 6 francophones). Pour passer au vote, une majorité simple des membres est requise. Jusqu'au dernier moment, Pieter De Crem peut décider d'annuler la tenue de la commission. Tour d'horizon des gladiateurs avant la bataille.

"Je voterai sans problème"

"S'il faut voter la scission de BHV dès cette après-midi, je le ferai sans aucune difficulté, assure Bart Tommelein (Open VLD, 2 votes en commission). C'est symbolique et il faut se rendre compte que, en Flandre, il y a une radicalisation terrible de l'opinion publique face à l'intransigeance des francophones. Donc, s'il faut avancer sur un symbole et que le formateur ne trouve pas de piste acceptable, je n'ai aucun problème à voter". "De notre côté, c'est très simple, résume Karine Lalieux (PS, 2 membres effectifs en commission). Si un seul vote est autorisé sur le moindre article de l'une des propositions de loi BHV, le PS prendra ses cliques et ses claques et laissera l'orange bleue à ses jeux macabres. Et on se retrouvera avec une crise de régime sur les bras".

Le cartel, la famille politique du formateur Leterme, compte quatre représentants effectifs en commission. "Jusqu'au dernier moment, relève Carl Devlies (CD & V/N-VA), nous tenterons d'avoir une solution négociée. Mais c'est un problème très symbolique"... Le président de la N-VA, Bart De Wever, négociateur du cartel, est membre de la commission de l'Intérieur, mais ne s'y rend pas - "afin, dit-il, de ne pas jeter d'huile sur le feu"... Olivier Maingain, négociateur MR, s'était, lui, pointé lors de la dernière séance de la commission de l'Intérieur - en octobre - et avait lancé un appel sonore "afin que cesse la mascarade".

Rappel, "nous quitterons sur le champ la salle de la commission si les Flamands procèdent au vote, avertit encore Daniel Bacquelaine (MR, 3 membres effectifs en commission). Au cartel et au formateur à faire preuve de retenue". Son de cloche identique au CDH (un membre en commission) où le chef de file à la Chambre Melchior Wathelet dit encore attendre "un sursaut" de la part du cartel flamand pour éviter le vote.

C'est la Groen ! Tinne Vanderstraeten qui détient le seul et unique vote en commission de l'Intérieur du groupe commun que forment Ecolo et Groen ! au Parlement. "Comme sur toutes les questions d'ordre communautaires, nous nous abstiendrons, indique Jean-Marc Nollet. On sait bien qu'une solution imposée par une Communauté au détriment d'une autre Communauté n'est pas la bonne". Quant au SP.A (2 membres effectifs) et aux extrémistes du Vlaams Belang (2 membres), ils ne rêvent que pouvoir mettre en oeuvre ce symbolique coup de force flamand.