Directeur/Rédacteur en chef de TV-Brussel

Chroniqueur à la RTBF

L'atterrissage est en vue pour l'orange bleue" , c'est le ton des commentaires qu'on peut entendre ces derniers jours dans les médias flamands. En même temps, plusieurs commentateurs ont la prémonition d'une débâcle politique qui pourrait en être la conséquence. Une négociation communautaire, qui est dissociée de la formation du gouvernement et qui n'offre aucune garantie concrète sur les résultats, sera certainement perçue par l'opinion publique flamande comme une défaite écrasante de la classe politique flamande. La Liste Dedecker, le Vlaams Belang et la N-VA - si elle saute en parachute juste avant le crash - feront tout pour renforcer ce sentiment. Cette défaite ne sera pas attribuée par les Flamands à l'ingéniosité politique des francophones. Les causes seront cherchées en Flandre même, où on a créé des aspirations énormes en promettant le grand changement communautaire, une surenchère communautaire qui a permis à certains de gagner les élections. La question de savoir comment on allait réaliser - ne fût-ce que 50 pc - des promesses n'a jamais été posée, ni par les dirigeants politiques, ni par les médias, ni par l'opinion publique. Maintenant que les pilotes de la haute voltige électorale ne vont découvrir à la fin de la piste d'atterrissage que les promesses aléatoires d'une "Convention communautaire", les dirigeants des partis démocrates flamands doivent se préparer à passer sous les Fourches caudines.

Les risques politiques sont énormes. Aucun parti démocratique flamand n'a la capacité de passer l'épreuve sans péril. Le SP.A est dans les cordes tandis que son partenaire Spirit veut retrouver son identité, sans doute plus ferme aussi sur le plan communautaire. Le VLD a Dedecker à ses trousses. La N-VA a le choix entre le suicide politique et le retour au radicalisme. Au sein du CD & V, ceux qui ont le Manifeste de la Warande sous l'oreiller, seront renforcés par la défaite. Tandis que, dans les coulisses, De Winter et ses adeptes se frottent les mains. On peut dès lors se demander quel sera le paysage politique flamand après les élections régionales de 2009. Le résultat du scrutin est imprévisible, mais ce qui est sûr, c'est que dans les esprits de la majorité des Belges - les Flamands - la frustration et le radicalisme seront renforcés.

Et les Flamands de Bruxelles ?

Confrontés bientôt aux conséquences économiques désastreuses de cette crise politique, les Flamands vont développer encore plus de résistance contre les transferts financiers vers le Sud. Au fur et à mesure que le projet flamand s'égarera dans les méandres de la Convention, le Nord aura l'impression d'avoir perdu son pari. Selon plusieurs commentateurs du Nord du pays, la volonté flamande de chercher des solutions négociées tombera sous le seuil critique. Dans ces circonstances, s'il faut choisir entre Bruxelles et l'autonomie, l'opinion publique flamande n'hésitera pas. Quel parti démocratique flamand aura la force de la contredire ? Les 50 000 électeurs flamands bruxellois ne suffiront pas à convaincre l'élite flamande. La Flandre autonome pourrait d'ailleurs très bien continuer à financer une certaine présence à Bruxelles. Qui va chasser les écoles flamandes qui accueillent des milliers d'enfants francophones ? Il faudrait se demander qui risque le plus dans cette situation : le Nord ou le Sud qui - dans la perception flamande - aura gagné son coup en neutralisant les aspirations flamandes au sein d'une Convention ?