Portrait de candidat

Bien sûr, le Rassemblement Wallonie (ou Bruxelles) France ne provoquera pas un tsunami électoral; bien sûr, il faudrait un miracle pour qu'il y ait ne fût-ce qu'un élu dans une des chambres mais cela n'empêche pas les militants rattachistes - d'aucuns diraient réunionistes...- de continuer à se battre avec détermination pour leurs idées.

Anne-Rosine Delbart en fait incontestablement partie. La France, cette Carolorégienne d'origine et Bruxelloise d'adoption qui enseigne le français à l'Université libre de Bruxelles, la vit au quotidien de par ses cours pour les étudiants de philo-romane et dans le cadre du mastère de français, langue étrangère pour les apprenants non francophones. Mais la passion n'est pas que pédagogique pour celle qui est à l'état civil l'épouse du linguiste Marc Wilmet : son amour de l'Hexagone est aussi d'ordre historique, philosophique et politique.

Et sa vision de la francité n'a rien d'un repli sur le pré hexagonal car elle s'intéresse de près aux grands auteurs contemporains comme Beckett, Biancotti, Huston qui offrent la particularité d'être des écrivains (en) français et proches de leurs cultures d'origine... Pour Anne-Rosine Delbart, la France républicaine et laïque est synonyme d'une certaine fierté qu'elle voudrait rendre aux francophones de Wallonie et de Bruxelles.

Une fierté perdue donc ? Oui car ceux qui auraient pu l'incarner comme le FDF "ont fait une croix sur leur esprit combatif" , ayant rejoint les autres partis francophones qui ont tous démissionné devant la Flandre.

Pour la candidate qui occupera la 4e place du RWF-RBF sur la liste du Sénat derrière Paul-Henry Gendebien, Lise Thiry et René Swennen, le retour à la France n'est sans doute pas pour demain mais si la Flandre en venait à faire sécession, l'Histoire pourrait connaître un sérieux coup d'accélérateur. "Si la Belgique se scinde, ce ne sera pas le fait des francophones mais des Flamands. A ce moment, il s'imposerait de consulter les Wallons et les Bruxellois par referendum. Car la France n'aurait pas de démarche fédéraliste : ce serait à nous de dire si nous voulons la rejoindre..."

Et Anne-Rosine Delbart d'ajouter qu'"un récent sondage avait montré que 43 pc des francophones opteraient en tout état de cause pour la France, si la Flandre prenait seule son envol"...

Et la révolution serait même pacifique. Jusqu'à ne pas couper, même symboliquement la tête du Roi ? "Bien sûr que non", renchérit la candidate rattachiste qui ajoute : "Le système monarchique n'aurait plus de raison d'être. Mais comme il a déjà une résidence en France, il serait toujours le bienvenu et ses enfants avec lui ! Nous ne manquerions en tout cas pas de respect !"

Reste que les adversaires du rattachisme arguent que la France n'estimerait guère les "pièces rapportées"...

La encore, Anne-Rosine Delbart conteste : "Il n'y a vraiment pas de raison de nous mépriser, d'autant plus que nous apporterions aussi d'autres richesses culturelles et la France se rendrait rapidement compte que nous sommes en quête d'une nation qui nous rendrait fiers de notre langue et de notre culture. Aujourd'hui on en est loin puisque tous les grands postes à responsabilités belges sont entre les mains des Flamands !"

Se présenter aux élections est une bonne manière de rendre les francophones d'ici plus attentifs à tout cela. Même si, contrairement à la France où tous les "petits" candidats à la présidentielle ont eu droit à une couverture médiatique en radio et en télé et souvent dans la presse écrite, chez nous, le service public ignore totalement les idées rattachistes et leur incarnation politique.

Anne-Rosine Delbart reste une militante tranquille, pourtant très consciente que cet ostracisme entrave la progression de ses idées. Mais elle ne se résignera pas : à terme, ses idées pourraient s'imposer. En somme, son seul tort serait d'avoir raison trop tôt.