Retour au calme, vendredi, au centre fermé de Merksplas, où un début d'émeute a fait suite, jeudi, à l'annonce du suicide d'un résident camerounais sous le coup d'une mesure d'expulsion.

L'affaire, qui intervient deux jours après qu'une manifestation de sans-papiers à Bruxelles eut mal tourné, n'en fait pas moins grand bruit du côté des associations de défense des sans-papiers et dans les milieux politiques, très divisés au sujet de la nécessité d'établir un moratoire aux expulsions.

A l'aide de draps

Vendredi, la ministre de l'Asile et des Migrations, Annemie Turtelbaum (Open VLD), n'a pas désiré réagir aux commentaires entourant l'annonce du décès d'Ebenizer Folefack Sontsa, ressortissant camerounais de 32 ans qui s'est suicidé, jeudi, à l'aide de draps, dans les toilettes du centre de Merksplas.

Quand ils ont appris la nouvelle, de nombreux pensionnaires du centre, parmi lesquels des personnes arrêtées mardi à Bruxelles, se sont mis à mener grand tapage, à casser du matériel (lecteurs DVD, télévisions, vitres etc...) et à répandre de l'eau dans le bâtiment.

La directrice du centre, Lucille Thuwis, très émue, a fait appel à la police anti-émeutes qui a mis plusieurs heures à ramener l'ordre.

Le 26 avril, une tentative d'expulsion avait avorté. Selon Me Alexis Deswaef, l'avocat de M. Folefack, celui-ci avait subi des violences. Vendredi, la direction de l'établissement a confirmé que la victime portait des traces de violences tout en soulignant que ces marques pourraient avoir été causées par la résistance opposée par l'homme.

Plusieurs passagers du vol de la compagnie Brussels Airlines Bruxelles-Douala-Kinsaha, à bord duquel M. Folefack avait été embarqué de force, ont protesté contre le sort qui lui était réservé. Trois d'entre eux ont fait l'objet d'une arrestation administrative musclée (voir page suivante).

Une seconde tentative d'expulsion était prévue pour lundi, 5 mai. "M. Folefack n'a pas supporté cette perspective et a mis fin à ses jours", a poursuivi son avocat, qui rend le gouvernement belge responsable de la mort de son client.

La police fédérale a exprimé son désaccord avec la thèse de l'avocat, tout en reconnaissant que des "problèmes" se sont produits à bord de l'avion. L'enquête est aux mains du parquet mais la police a déjà classé l'incident comme un décès "non suspect".

Selon Me Deswaef, son client, qui était arrivé en Belgique en 2005 et dont la demande d'asile avait été refusée, avait de réelles chances d'être régularisé sur la base du critère de l'ancrage durable ou d'un contrat de travail.

Vendredi, le personnel de l'Office des étrangers se disait "déconcerté" face au suicide du résident camerounais.

L'Office dit ne disposer d'aucune indication à propos de violences commises sur M. Folefack par les policiers chargés de son rapatriement. "La police suit toujours strictement les procédures indiquées", a affirmé Katrien Janseune. "S'il est question de rébellion lors d'un rapatriement, l'opération est normalement interrompue", a-t-elle ajouté.

Inéluctable ?

En attendant, les réactions vont bon train. Le président de la Ligue des droits de l'homme, Benoît Vandermeersche, estime que le désespoir dans lequel le gouvernement place les sans-papiers en tardant à mettre en oeuvre les critères de régularisation pourtant prévus par l'accord gouvernemental était tel qu'une issue comme celle qu'on vient de connaître était inéluctable

On parle désormais d'une circulaire ministérielle pour la fin du mois. Mais rien n'est sûr.