Il y a maintenant cinquante jours que les électeurs ont choisi leurs nouveaux députés. Et deux semaines qu'Yves Leterme a été nommé formateur. La Belgique ne semble pourtant pas près d'avoir un gouvernement. Les quatre partis invités à la table des négociations - MR, Open VLD, CD & V/N-VA et CDH - continuent à se regarder en chien de faïence. Les avancées sont lentes. En quatre jours, ils ont à peine relu le quart de la note déposée la semaine dernière par Yves Leterme et n'ont engrangé que de vagues promesses - celle d'une nouvelle réforme fiscale et celle d'une amélioration des allocations sociales.

Les négociateurs ne se connaissent pas. Ils se cherchent encore. C'est peut-être une explication à la lenteur des discussions. Mais on sent également leur crainte d'aborder de front les questions communautaires. La bagarre aura lieu. Mais on la redoute. Car elle laissera des traces. Yves Leterme pourrait même s'y casser les dents et devoir du coup renoncer à son ambition d'être Premier ministre. On peut dès lors comprendre qu'il cherche à limiter les risques. Mais il ne pourra pas reculer indéfiniment l'échéance. A la longue, ces hésitations risquent de passer pour de la faiblesse. Même en Flandre, où il a fait un tabac, on commence à douter de sa capacité à ficeler un accord de gouvernement.

Des propositions ce lundi

Yves Leterme en est lui-même conscient. Il devrait mettre le pied sur l'accélérateur. Et aborder, de front cette fois, les dossiers communautaires. Le formateur avait rencontré en tête à tête la présidente du CDH, Joëlle Milquet, et son homologue du MR, Didier Reynders, à la fin de la semaine dernière. Il a écouté leur point de vue sur ces questions délicates. Dimanche soir, au terme d'un week-end sans réels contacts, il a fait de même avec les ténors du cartel CD & V/N-VA, Jo Vandeurzen et Bart De Wever, puis avec le président du VLD, Bart Somers.

On s'attend dès lors à ce qu'Yves Leterme vienne ce lundi avec des propositions en matière institutionnelle. Ou, à tout le moins, qu'il avance une procédure pour l'inévitable dialogue communautaire. Mais on ne sait pas trop comment il sera reçu. Le MR et même l'Open VLD ne souhaitent pas se lancer dans un grand marchandage institutionnel sans avoir au préalable la certitude de pouvoir mener un programme socio-économique conséquent. Or la discussion budgétaire s'annonce rude : la future coalition doit trouver 3 milliards d'euros pour boucler les comptes de l'Etat. Yves Leterme devra dénouer ces questions sans traîner.

Le CDH ne souhaite pas non plus foncer tête baissée dans le débat communautaire. Pour lui, il ne sert à rien de s'épuiser dans de longues palabres si aucune majorité ne se dégage au parlement pour une réforme de l'Etat.