Une soixantaine de personnes se sont rassemblées dimanche vers midi devant le centre 127bis à Steenokkerzeel pour réclamer la libération d'une mère et sa fille équatorienne, retenues dans ce centre fermé depuis le 30 juin en vue de leur expulsion.

Les manifestants étaient largement encadrés par des policiers. Un tronçon de la chaussée de Malines a été fermé à la circulation en raison de la manifestation statique. Le père de la fillette et ses deux fils, demi-frères d'Angelica, étaient présents. Selon des associations de défense des sans-papiers, l'épouse du président équatorien aurait rendu visite à la mère et sa fille. Le consul qui était devant le centre à titre personnel, n'a voulu confirmer ou infirmer la rumeur.

Parmi les manifestants, figuraient également des représentants de la communauté juive qui ont comparé sur plusieurs aspects la détention des mineurs en centre fermé à celle des détenus juifs pendant la seconde guerre mondiale. Selon des Equatoriens qui soutiennent Angelica et sa mère Ana, les deux femmes auraient été interpellées à la suite d'une dénonciation à la police de Dilbeek. Un riverain se serait inquiété de voir "deux Gitanes" dans le quartier. "Il n'est pas imaginable d'arrêter des enfants pour les placer dans des centres fermés", a réagi Georges Schnek, ancien professeur de médecine à l'ULB. Vice-président des études juives de l'ULB, il compare l'arrestation des enfants à la déportation de juifs innocents.

Pour Judith Kronfeld, secrétaire générale de l'Union des déportés juifs de Belgique, "l'actuelle politique ultra-sécuritaire, xénophobe et économique qui vise à enfermer des réfugiés est une dérive comparable à celle qui a mené durant la seconde guerre mondiale à la déportation de Juifs". "Mais on ne peut comparer les centres fermés aux camps de concentration. Il n'y a pas de volonté d'annihilation dans les centres fermés", a-t-elle tenu à préciser.

Le président du Centre de coordination des organisations juives de Belgique (CCOIB), Philippe Markiewicz, a indiqué qu'il était indigne d'une démocratie éclairée d'enfermer un enfant de 11 ans qui n'a rien fait de mal et qui ne menace nullement la sécurité publique. "J'espère que les dirigeants politiques qui sont en train de négocier à Val Duchesse et dont certains ont des enfants, se rendent compte de la gravité de la situation. Si on ne se révolte pas face à l'enfermement d'un mineur, pourquoi peut-on encore se révolter?", a-t-il dit. "La Belgique, pays d'accueil, est suffisamment fort pour accueillir cette enfant et sa mère", a-t-il ajouté.

La Ligue des droits de l'homme, par la voix de son président Benoît Van Der Meerschen, demande aux partis francophones démocratiques de "poser un geste fort" en faisant de "ce dossier qui suscite tant d'émotion auprès de la population un exemple". "Il faut arrêter que les négociateurs francophones discutaillent de la question tant que ce dossier ne sera réglé. Il faut passer aux actes", a déclaré le président de la Ligue qui rappelle que tant le MR que le cdH ont témoigné de leur opposition à l'enfermement des mineurs en centres fermés dans leurs programmes respectifs.

L'expulsion d'Ana Cajamarca et de sa fille Angelica (11 ans), qui vivaient clandestinement en Belgique depuis quatre ans, est programmée pour lundi soir. Un pourvoi en cassation contre la décision de la chambre des mises en accusation a été introduit par les avocats de la mère et sa fille. "La chambre des mises en accusation n'a examiné que le titre de détention et non les rapports psychologiques pourtant alarmants car ceux-ci sont postérieurs à la détention. J'espère que l'appel du délégué général aux droits de l'Enfant, Claude Lelièvre, à surseoir à l'expulsion d'Angelica sera entendu. Si lui n'est pas écouté, on pourra réellement s'inquiéter sur l'absence de réaction face à une maltraitance d'enfant", a indiqué Me Selma Benkhelifa.