Belgique

Un nouveau produit publicitaire débarque dans les classes primaires et fait grincer des dents.

Après les céréales et autres chaînes d'alimentation rapide à l'origine de projets scolaires éducatifs basés sur la bonne santé, après la distribution aux élèves d'échantillons de marques sous forme de packs, voici que le secteur bancaire se lance à son tour dans le marketing à l'école.

Public cible, toujours : les élèves de l'enseignement fondamental. Objectif avoué de la démarche : "permettre aux enfants de se familiariser en jouant avec le monde de l'argent, le fonctionnement de la banque et des opérations financières courantes, telles que l'achat, l'emprunt, l'épargne et l'investissement".

"Le compte est bon"

Alors, qu'est-ce qui cloche ? "Nous ne cessons de la dénoncer, et pourtant la marchandisation de l'école poursuit son oeuvre funeste", répondent l'association Appel pour une école démocratique (Aped) et le collectif Résistance à l'agression publicitaire (Rap) qui montent au créneau pour dénoncer l'initiative.

De quoi s'agit-il ? D'un jeu intitulé "Le compte est bon !" Conçu par les spécialistes de K'X Creations, des élèves, des enseignants et les consultants jeunes du réseau bancaire sponsor, ING, il est gratuitement à disposition des enseignants, sur simple demande par Internet. Le principe est tout simple : la classe est divisée en familles qui doivent (apprendre à) gérer leurs fonds le plus judicieusement possible en accomplissant des tâches concrètes.

Le jeu est étroitement associé aux leçons d'arithmétique. Et, pour le rendre très concret, le projet prévoit également la visite d'une agence bancaire... ING évidemment. "Plusieurs études ont démontré que les enfants sont des cibles de choix pour les publicitaires, car particulièrement influençables", relèvent l'Aped et le collectif Rap.

"Faut-il encore rappeler que l'école obligatoire n'a pas pour vocation d'apprendre aux élèves à aimer l'argent, mais d'en faire de futurs citoyens cultivés, émancipés, à l'esprit critique aiguisé, et porteurs de changements sociaux bénéfiques."

Et d'accuser : "Au contraire, cette initiative privée ne vise qu'à en faire des consommateurs disciplinés".

Une commission en attente

L'Aped et le collectif Rap attendent donc la réaction de la toute nouvelle Commission mise en place cet automne par le gouvernement de la Communauté française pour faire respecter l'article 41 du Pacte scolaire qui interdit les activités commerciales dans les écoles.

Commission qui n'est pas encore concrètement entrée en action, comme en attestent les nombreux produits "pédagogiques" promotionnels qui sont mis à disposition des enseignants à travers un simple "clic".

© La Libre Belgique 2006