Née sans bras et sans jambes parce que sa mère avait eu le malheur d’avoir pris de la thalidomide (1) pendant sa grossesse, Lynette Rowe, une Australienne de 50 ans, vient d’obtenir plusieurs millions de dollars au terme d’un accord à l’amiable avec le groupe britannique de produits pharmaceutiques (et de boissons alcoolisées) Diageo. Au nom des victimes australiennes et néo-zélandaises de ce médicament, la plaignante poursuivait en effet une action en justice collective, dans le cadre de laquelle étaient poursuivis le fabricant allemand, Grunenthal, le distributeur anglais, The Distillers company - qui a disparu depuis - et Diageo, qui a pris le contrôle de Distillers.

Si les termes de l’accord conclu demeurent confidentiels, les avocats ont néanmoins fait savoir qu’il représentait un montant de "plusieurs millions de dollars" australiens, ce qui correspond à l’équivalent en dollars américains. Une belle victoire !

A l’annonce de cette heureuse nouvelle, on n’a pu s’empêcher de penser au combat que mènent depuis des années ces "bébés Softenon" aujourd’hui devenus quinquagénaires, et en particulier les victimes belges dont Martine Olivier s’est fait la porte-parole. "C’est chouette pour l’Australienne, nous a-t-elle spontanément déclaré à la lecture de cette information. Je suis contente pour elle, connaissant toutes les difficultés à vivre ce que j’ai, là au moins, sa fin de vie est assurée. Elle va pouvoir se payer les soins appropriés et des personnes pour l’aider jusqu’à la fin de sa vie. Je suis son histoire depuis le début; elle vit avec ses parents, qui deviennent âgés, et redoutait le jour où ils allaient disparaître. Je suis donc vraiment très contente pour elle et je pense que c’est ce qui devrait arriver pour toutes les victimes de ce médicament. Je ne demande pas des millions, un seul serait déjà suffisant "

En tant que victimes , "nous vivons toujours dans l’angoisse de notre devenir, nous confie encore Martine Olivier . Qu’il s’agisse d’adapter l’aménagement de notre maison à nos besoins ou des soins, cela représente des coûts financiers importants. Nous avons des problèmes de santé et des maladies qui ne sont pas limités au handicap des dysméliques, c’est-à-dire des personnes qui ont de petits bras ou de petites jambes. Dans leur cas, il s’agit d’une "erreur de la nature" alors que nous sommes victimes d’un empoisonnement par la thalidomide. Notre combat n’est donc pas le même."

Précisément leur combat est d’être "r econnus comme ayant été des victimes d’un poison et d’être indemnisés par l’Etat belge - qui a laissé en vente un tel médicament sans contrôle sur son territoire. Cela, pour que nous puissions tout simplement nous assurer une fin de vie digne, alors qu’à l’heure actuelle, nous recevons juste quelques cacahuètes, chaque mois, de la firme pharmaceutique", déplore encore celle qui a créé l’Association des victimes de la thalidomide en Belgique.

A l’heure actuelle, le procès est toujours en cours, quatorze victimes belges ayant interjeté appel (sept y ont renoncé), en mars dernier, du jugement qui les déboutait de leur action contre l’Etat belge. Elles réclament un montant provisionnel d’indemnisation d’un million d’euros chacune. On devrait en savoir plus à l’automne prochain.

(1) La thalidomide a été prescrite au cours des années 50 et 60 comme sédatif et anti-nauséeux, notamment chez les femmes enceintes, avec pour conséquences des avortements et la naissance d’enfants atteints de malformations congénitales lourdement handicapantes.