J e ne peux supporter qu'une campagne de mises en cause personnelles injustes nuisent à mon parti, à ma ville, à ma Région». Ainsi Jean-Claude Van Cauwenberghe a-t-il annoncé et justifié vendredi, sur le coup de 19 h, sa démission comme ministre-Président de la Région wallonne.

C'est un choc pour des milieux politiques wallons embarqués dans diverses rénovations dont tout démontre l'urgence. C'est une épreuve pour un Parti socialiste frappé à l'un de ses sommets et contraint à des remaniements dont aucun ne s'impose avec évidence. Mais c'est, d'abord, une surprise. «Jeudi, il s'était voulu rassurant et combatif», rappelait aussitôt le vice-Président CDH du gouvernement, André Antoine.

De fait, on le voit encore à l'Élysette devant des médias empressés, jeudi midi, affecté et un peu las certes, mais ni velléitaire, ni démissionnaire: «Je me défendrai avec vigueur et fermeté», assurait-il tout au contraire, en démentant voir tout problème légal, éthique ou pratique dans les liens entre son cabinet d'avocats et «La Carolorégienne».

Que se sera-t-il passé, en 24 heures? Serait-ce l'arrestation de son ami et ex-échevin Despiegeleer qui l'a poussé à démissionner? Non: les deux informations ont été quasi simultanées, et Van Cau ignorait la première quand il a fait diffuser la seconde. Serait-ce son président de parti qui lui a signifié la sortie? Du tout, selon nos informations, Elio Di Rupo lui a même suggéré de n'en rien faire, pour la raison - pas très glorieuse pour personne - qu'il n'avait pas d'alternative sous la main. Est-ce alors le pressentiment que de nouvelles révélations dans son fief allaient, sinon l'inquiéter personnellement, au moins remuer les zones troubles d'un système politique carolorégien qu'il a tant personnifié, dominé et incarné qu'il est devenu l'otage voire le bouc émissaire des soudains déballages? Là, ce sera à voir. Sinon, reste au moins l'hypothèse que ce grand affectif de Van Cau, aussi dur et cassant pût-il être tout au long d'une carrière de trente ans (nos précédentes éditions), a craqué sous diverses pressions. Médiatiques sans doute, qu'il a prises pour de l'acharnement ingrat et même injuste. Politiques aussi, mais moins celles d'une opposition rivalisant en indignations qu'internes au PS manifestement pris de malaise.

Lorsqu'on avait demandé à la vice-Première Laurette Onkelinx, en journée, si elle jugeait Van Cau déstabilisé, elle répondit qu'il revenait à lui d'en juger. On a déjà vu soutien plus enthousiaste. Surtout, quand on interrogea le président Di Rupo sur les possibilités de Van Cau à se maintenir à l'Élysette, il qualifia la situation de «désagréable» et précisa qu'il avait demandé «un dossier complet» sur les malversations supposées à «La Carolo» afin de se faire «une opinion, parler avec lui et voir ce qu'il en est». On a déjà connu soutien plus empressé. Ce n'est d'ailleurs pas sans quelque incohérence avec le souci présidentiel susdit de ne pas enclencher une succession (ci-dessous) aux allures a priori laborieuses.

Elio Di Rupo avait en fait passé sa journée en Allemagne avec le ministre de la Défense, André Flahaut, aux manoeuvres belges à Bergen-Ôhle, où on le vit sourtout manoeuvrer son GSM et multiplier les SMS avec une célérité qu'on ne lui connaissait pas. Revenu début de soirée, il rencontrait Van Cau, en réunion avec ses proches depuis 16 heures. On sait désormais ce qu'il en advint.

© La Libre Belgique 2005