L'ancien ministre-Président (PS) de la Région wallonne, démissionnaire le 30 septembre dernier pour cause d'«affaires» à Charleroi, ne manque pas de savoir-faire dans les effets d'annonce. Mais Jean-Claude Van Cauwenberghe semble moins doué côté concret. Rétroactes.

Van Cau avait bondi, lorsque nos confrères du «Vif/L'Express» avaient dénoncé, dans deux numéros consécutifs des 16 et 23 décembre 2005, ce qu'ils appelaient «Les étranges affaires de Van Cau et Cie », entre permis de bâtir alloués au groupe industriel de la puissante famille carolorégienne Wagner, grande amie de l'homme politique, et «petits» avantages livrés à ce dernier par la première (maison à bon prix dans le sud de la France, prêt sans intérêts,...).

Les articles, étayés par plusieurs documents, donnaient un éclairage peu flatteur sur les méthodes mises en oeuvre dans des dossiers immobiliers carolos comme ceux du centre commercial City Nord ou de l'aéropôle de Gosselies (BSCA).

Aussitôt, M. Van Cauwenberghe avait rugi. Il trouvait que, cette fois, la presse avait passé la mesure en faisant plus que l'égratigner. Il avait eu vite fait d'annoncer une plainte contre «Le Vif/L'Express» et contre l'auteur de l'article, le 17 décembre, voilà exactement 3 mois.

Le 21 janvier suivant, il faisait plus fort en annonçant, par le truchement des médias, que cette fois, c'était juré, craché: la plainte arrivait. «Je fais parler la poudre», confirmait-il devant les caméras en disant qu'il avait déposé plainte la veille au civil, à Bruxelles. Et de diffuser un mémorandum censé montrer combien les révélations du «Vif/L'Express» étaient critiquables. Un mémo où, accessoirement et comme naïvement, il reconnaissait lui-même et à sa propre charge des faits juridiquement assimilables à de la fraude fiscale («La Libre» du 28/1).

Urbi et orbi et nenni...

Un mois plus tard, nous avions cependant pu vérifier que cette plainte était en réalité encore inexistante. L'avocat de Van Cau, Me Jean Bourtembourg, nous avait expliqué que du retard était apparu en fonction de difficultés d'ordre administratif mais que c'était comme si c'était fait. Une vérification quinze jours plus tard allait d'ailleurs le montrer, disait-on côté Van Cau.

Ce délai largement écoulé et trois mois après la première annonce, rien n'est cependant arrivé ni au «Vif», ni chez l'auteur de l'article. «Je vous confirme que nous n'avons pas reçu la plainte annoncée urbi et orbi par M. Van Cauwenberghe», nous a déclaré jeudi Stéphane Renard, rédacteur en chef du «Vif/L'Express». Qui se borne à commenter la chose en disant que «nous ne retirons pas une seule phrase de ce que nous avons publié».

En revanche, c'est en vain que, mercredi et jeudi, nous avons tenté de joindre l'avocat de M.Van Cauwenberghe, malgré plusieurs appels.

Un Van Cau dont les coups de gueule paraissent donc, au-delà du seul effet d'annonce et à cette aune, être des coups de vent. Et dont la poudre paraît à cette heure bien humide. Alors que les révélations de presse, au contraire...

© La Libre Belgique 2006