ENTRETIEN

Serait-ce un système Van Cau qui s'effondre à Charleroi? L'intéressé conteste énergiquement qu'il y ait effondrement. Et qu'il y eût système...

Votre état d'esprit, ce lundi?

Je ne suis pas abattu. Je suis au coeur du débat. Mais je ressens de grandes difficultés devant cette multitude d'affaires. Il faut agir au cas par cas, pour répondre à la demande du parti de redonner une bonne image.

Et donc frapper un Jean-Pierre de Clercq?

Il m'a ébranlé ce lundi sur le fond. Son inculpation s'est faite en dehors de l'exercice normal des droits de la défense, sans même l'entendre. Un juge doit avoir l'obligation morale d'entendre quelqu'un de son importance.

Diriez-vous, comme lui, que s'il est inculpé, c'est parce qu'il est socialiste?

Non. Et il doit se défendre selon des procédures judiciaires, pas par des polémiques politiques. Mais s'il se bat comme un beau diable, c'est qu'il se considère comme une victime. On lui reproche ses accusations contre la magistrate, de fait maladroites, mais personne ne lui parle du fond. Or, la forme a été la conséquence du fond. Si je ressentais un jour ce qu'il ressent aujourd'hui, ses propos comparés aux miens seraient une promenade de santé!

Les dernières affaires dont on parle sont très différentes. N'empêche, n'est-ce pas un système qui craque?

Mais ce serait quoi, ce système? Si système Van Cau il y a, c'est une équipe d'amis qui se sont lancés voici 25 ans et qui n'ont cessé de gagner les élections dans des proportions dont tout le monde rêve. Chacun s'est investi, a suivi son parcours -qui président d'une société de logement, qui d'une intercommunale, etc. Et moi, j'ai quitté la ville il y a 11 ans.

Mais vous n'avez jamais quitté Charleroi!

Comme autorité politique, c'est vrai, s'agissant de développer l'aéroport, de créer l'aéropôle, de contacter les patrons, etc. Mais on ne m'amenait pas à Namur les notes de resto de Despi, le contrat d'Action 21 avec Cariat, ou le choix d'un entrepreneur à la marge! De 1983 à 1995, sous mon autorité, il ne s'est rien passé...

Alors, que s'est-il passé, depuis 11 ans?

Chacun a vécu sa propre autorité.

...En en abusant.

Attention aux présomptions d'innocence. Toutes ces inculpations avec leur côté expéditif ne m'impressionnent pas. Mais il est vrai que des comportements ont dévié, pendant toute une période sans contrôle politique. Et tout le monde est un peu mouillé: un bourgmestre, un collège, tel conseil d'administration de l'ICDI...

...Dont les membres non socialistes se plaignent de n'avoir pu exercer leur office.

Rigolade! Il n'est qu'à voir le temps que certains passaient aux réunions!

Et l'affaire Wagner, ce n'est pas vous?

Elle ne me touche ni de près ni de loin. La Région avait introduit une action au civil. Pourquoi en faire une affaire pénale? C'est excessif. Comme cette affaire minable d'honoraires contestés d'avocat, qui se règlent habituellement devant le tribunal de commerce.

Parleriez-vous d'acharnement, de cabale?

Je veux me garder de tout propos excessif. Je pense plutôt à un contexte de judiciarisation de toute une série de dossiers. Mais cet emballement judiciaire et médiatique retombera.

Sans vous atteindre?

Pourquoi? Je suis droit dans mes bottes. En démissionnant de la présidence du gouvernement wallon, j'ai déjà donné, en assumant globalement la situation. Serait-ce bien que je me retire du reste pour rajeunir le paysage? Mais ce n'est pas comme cela que ça se passe. Et que l'on ne me dise pas que la rénovation n'a pas commencé. Elle a commencé avec ceux qui ont le poids de la faire passer, pas avec des jeunes gens de 20 ans.

© La Libre Belgique 2006