Doux euphémisme que d'affirmer que le scandale du Footgate secoue l'ensemble des acteurs du ballon rond au sein du royaume depuis plusieurs semaines déjà.

Dans le cadre de l'émission Dossiers tabous (RTL-TVi), Christophe Deborsu a tenté d’éclaircir cette nébuleuse qui se nourrit de corruption, matchs truqués, et blanchiment d’argent. Pour ce faire, le journaliste de la chaîne privée s'est attelé à recueillir les confessions de nombreux protagonistes qui se retrouvent en première ligne dans cette affaire judiciaire toujours en cours et dont les rebondissements se succèdent allègrement.

Et l'omerta se révèle complexe à briser. Que cela soit Gérard Linard, président de l'Union belge de football, ou Johan Verbist, responsable de l'arbitrage à la fédération, ils ont tout simplement refuser de s'exprimer lors cette enquête. Avec l'aide notamment de Stefan Van Loock, attaché de presse à l'Union belge, qui n'hésite pas s'interposer physiquement pour annihiler les tentatives de Deborsu. Même constat du côté de Sébastien Delferière qui souligne "être sous conditions, je ne peux pas m'exprimer, cela m'est interdit par le juge", ou avec Ivan Leko qui reste muet sur le sujet.

Relâché par la justice belge sous condition et en payant une caution de 150 000 €, Mogi Bayat reste dans l’œil du cyclone. Mais qu'en pense son petit frère, Mehdi Bayat, l’Administrateur-délégué du Sporting Charleroi? "Mon frère a beaucoup souffert de cette situation, il ne comprenait pas grand chose de ce qui lui arrivait. Quand vous êtes détenu 20 heures par jour dans une cellule, vous n’êtes pas vraiment préparé à cela. Il est extrêmement fragile, faible, … Le Mogi grande gueule que nous connaissons est méconnaissable car c’est une expérience éprouvante."

Mehdi Bayat s’expliquait également sur une technique de vente, souvent pointée du doigt. "Je ne dis pas que c’est le moyen utilisé par Mogi mais je ne vois pas où est le mal si un agent arrive à vendre un joueur en rapportant plus d’argent à un club."

Quant à l’importance des boites de montres de luxe aux yeux de son frère, il répond: "On a été bercés dans ce monde depuis notre tendre enfance car notre père est un collectionneur de très longue date. Nous avons grandi avec deux passions: le football et les montres. Je crois que la seconde a été mise en avant de mauvaise manière."

"Selon moi, Mogi n'a jamais essayé de truquer des matches"

Herman Van Holsbeeck a, lui aussi, accepté de s'épancher sur ce dossier brûlant. "A force de ne pas parler, on va finir par penser que c'est nous les grands criminels", clame l'ancien homme fort d'Anderlecht. "J'ai répondu à toutes les questions auprès des inspecteurs. J'ai été mis sous écoute pendant plusieurs mois. J'ai vécu une perquisition à mon domicile, ce n'est vraiment pas gai pour la famille. Au final, j'ai pu être libéré sans qu'on me reproche quoi que ce soit."

HVH souligne ensuite le timing des événements pour dévoiler la mainmise de Mogi Bayat sur le système. "J'ai été licencié le 4 avril 2018 et l'une des premières décisions de la direction a été la suivante: Bayat ne peut plus rentrer à Neerpede. Mais quelques temps plus tard, quand Spajić file vers Krasnodar, le transfert est opéré par Mogi Bayat. Ensuite, Teodorczyk part à Udinese pour 3,5 millions, de nouveau grâce à Mogi. Mogi, c'est 'me , myself et I', c'est Napoléon. Je lui avais préconisé: vivons heureux, vivons caché. Mais il est victime de sa grande gueule. Entre Mogi et moi, il n'y a jamais rien eu (Ndlr: en termes de versements frauduleux).Il a peut-être essayé, comme beaucoup, de payer moins de contributions. Mais selon moi, il n'a jamais essayé de truquer des matches."

Un autre ancien dirigeant s'est aussi confié lors de ce reportage. Pour Roland Duchâtelet, l'ex-boss du Standard, il y a des soupçons de trucage autour du titre d'Anderlecht lors de la saison 2013-2014, mais il ne se rique pas "à rentrer dans les détails". Ce à quoi Van Holsbeeck répond: "C'est quelqu'un de très frustré qui n'a jamais rien gagné. Mais pour amener des preuves, c'est autrement plus compliqué".

Au sujet de Mogi Bayat, Duchâtelet évoque "un garçon très ambitieux et dynamique mais il faut oser le dire, il y a Charleroi dans tout ça. Qui est le propriétaire du club hormis Mehdi ? », raconte l’ancien président du matricule 16 (NdlR : en faisant référence à une implication financière de Mogi au sein du Sporting Charleroi lorsque son frère a repris les choses en main au club). Des propos que réfute fermement Mehdi Bayat: "Il y a une Commission des Licences qui aurait découvert cela il y a bien longtemps si c’était le cas. Il est formellement interdit de voir un agent de joueur devenir actionnaire d’un club de football."

L’homme d’affaires poursuit et conclut : "Il ne tient donc pas le même discours avec tout le monde… Il est facile de faire quelques arrangements sur papier. Quand on voit la symbiose entre les actions des deux frères… Si l’on regarde la situation de Mogi Bayat qui est probablement le propriétaire principal du Sporting Charleroi, agent de joueur et un consultant payé par Anderlecht... C’est inimaginable en Espagne ou en Angleterre !"