Le ministre-président wallon ne prendra pas attitude ce lundi concernant le dossier des licences d'exportation d'armes à l'Arabie saoudite, a-t-il confié lundi à Belga en marge de la visite d'état du couple royal au Portugal. Willy Borsus privilégie la concertation au niveau européen.

"Nous avons discuté de ce dossier avec le ministre des Affaires étrangères ( Didier Reynders )", a-t-il indiqué. Les deux ministres libéraux participent en effet à la visite d'état au Portugal. "Nous privilégions la concertation. Nous devons voir comment les autres pays se positionnent. Des contacts sont pris", a-t-il confié.

Une décision que les associations Amnesty International, la Coordination nationale d'action pour la paix et la démocratie (CNAPD) et la Ligue des Droits de l'Homme (LDH) ont qualifié "d'immorale". "(La Région) préfère privilégier une concertation européenne à la suspension unilatérale des ventes d'armes à l'Arabie saoudite, comme viennent visiblement de le décider d'autres pays européens, dont l'Allemagne".

Les organisations exigent de la Wallonie que "des mesures concrètes soient prises pour garantir plus de transparence dans la procédure d'octroi des licences d'exportation d'armes, dont l'opacité permet que des armes wallonnes arrivent dans les mains de pays se rendant responsables de crimes de guerre." 

Pour rappel, le Traité sur le commerce des armes - signé et ratifié par la Belgique - interdit ce type de transferts.

"Monsieur Borsus et le gouvernement wallon disposaient d'une opportunité unique de cesser leur commerce immoral et irresponsable avec l'Arabie saoudite, mais ils ont choisi de ne pas la saisir", écrivent les associations dans un communiqué commun. "Si les États occidentaux s'émeuvent à juste titre de l'assassinat brutal de Jamal Khashoggi, ils oublient un peu vite que de nombreux militants croupissent dans les geôles du pays, subissent des actes de torture, sont persécutés, voire exécutés, pour avoir fait usage de leur liberté d'expression. Ils oublient également que Riyad mène une coalition responsable de crimes de guerre au Yémen et que son implication dans ce conflit serait intenable sans le soutien matériel, politique et technologique qu'ils lui apportent."

La semaine dernière, plus de 50.000 personnes ont signé une pétition lancée par Amnesty demandant à la Région wallonne de suspendre ses transferts d'armes à des pays responsables de violations du droit international humanitaire et des droits humains, comme, l'Arabie saoudite.

Le cdH veut un embargo dans les relations avec l'Arabie saoudite

Le cdH aussi réclame un embargo européen dans les relations avec l'Arabie saoudite: "Il faut immédiatement revoir l'ensemble des relations diplomatiques et commerciales avec l'Arabie saoudite, et ne pas s'arrêter uniquement à la suspension inéluctable de la vente d'armes", a plaidé lundi le cdH alors que l'Arabie saoudite a admis, ce week-end, la mort du journaliste Jamal Khashoggi dans son consulat d'Istanbul (Turquie).

"L'actualité démontre que l'Arabie saoudite est un régime complètement à la dérive" face auquel "il faut une position ferme, notamment sur la question de l'achat du pétrole par notre pays, ainsi que celle des investissements réalisés par l'Arabie saoudite partout en Belgique", a ajouté le cdH en insistant par ailleurs "pour que la position de la Belgique soit portée au niveau européen".

Concrètement, les humanistes appellent "à un désengagement commercial et diplomatique au niveau européen, afin de pouvoir revoir en profondeur l'ensemble des relations commerciales et leurs impacts ici ou là-bas."