Sus au redoublement. A l’occasion de la rentrée scolaire, la ministre de l’Enseignement obligatoire a confié à "La Libre" que la lutte contre l’échec scolaire serait plus que jamais sa priorité. Parallèlement à d’autres initiatives (lire ci-contre), Marie-Dominique Simonet (CDH) annonce la mise en place d’ "un vaste projet visant à inciter les équipes pédagogiques à ne plus pratiquer le redoublement en cours de cycle" (5-8 ans, 3e et 4e primaires, 5e et 6e primaires ) Car c’est au terme des différents cycles que les socles de compétences définis doivent être maîtrisés, et non pas à la fin de chaque année scolaire composant ce cycle. La méthode Simonet ? Inciter, insuffler, essaimer. Parce que, dit-elle, "le non-redoublement, cela ne se décrète pas".

Constatant que, malgré les différentes réformes entrées en vigueur (école de la réussite, renforcement des moyens en début de primaire et de secondaire ), "les taux de redoublement ne diminuent pas", et que "ce redoublement a un énorme coût humain et financier", la ministre liégeoise compte davantage travailler sur les mentalités, et modifier le regard sur l’enfant de tous les acteurs, en adaptant les pratiques, tant au niveau local de la classe qu’au niveau global du système éducatif. C’est que, explique-t-elle, "le redoublement reste considéré comme un outil pédagogique utile, tant par les enseignants que par les parents", alors même que le législateur (décrets "école de la réussite" de 1995 et "missions" de 1997) ne voulait pas du redoublement comme principe pédagogique.

Logiquement, Marie-Dominique Simonet propose de commencer par le début du cursus de l’élève, à savoir le cycle 5-8 (et même 3-8, ajoute-t-elle, pour signifier qu’il n’est pas question de soutenir le redoublement en 1re et 2e maternelles). Car la pratique du redoublement, ou du maintien en maternelle, n’attend pas le nombre des années : le taux d’échec est de 3,64 % en 3e maternelle ("ce qui fait tout de même près de 1900 élèves maintenus en maternelle chaque année", déplore-t-elle) et de 7,10 % en première primaire. "Il n’y a pas de socles de compétences à maîtriser en fin de maternelle, pourquoi alors maintenir un enfant à ce niveau ?", s’interroge Mme Simonet. Surtout que l’on sait que le redoublement ne sert à rien - la moitié de ceux qui redoublent connaîtront encore une fois l’échec avant la 4e primaire.

Confortée par les premiers résultats d’une étude ULB-ULg sur le sujet, la ministre lancera donc début novembre un projet pilote pour les 5-8 ans, projet qui débutera réellement à la rentrée 2012, avant d’être évalué et étendu à d’autres cycles en septembre 2013. Y participeront les écoles qui le souhaitent.

Ce projet consiste en un ensemble de mesures visant à "promouvoir une évolution positive du parcours scolaire de l’enfant de la 1re maternelle à la 2e primaire dans un premier temps". Il s’agira donc de mesures d’incitation : autonomie et responsabilisation des équipes éducatives, utilisation des moyens dégagés par l’abandon du redoublement pour permettre le renforcement de l’encadrement, particulièrement en maternelle, mise en place de projets innovants, recours à des personnes ressources extérieures, développement de synergies avec d’autres acteurs.

Les finances de la Communauté étant ce qu’elles sont, il n’y aura pas de nouveaux moyens affectés au projet, qui pourrait cependant rapporter à terme, vu le coût du redoublement ("même si le but n’est certainement pas de faire des économies", précise la ministre).

Concrètement, le projet pilote - pour lequel la ministre espère la participation d’un grand nombre d’écoles - aura pour objectifs d’accompagner les équipes pédagogiques et des centres psycho-médico-sociaux dans la suppression progressive des pratiques de redoublement, de soutenir une autre vision de l’enfant et d’expérimenter une utilisation ad hoc des moyens financiers disponibles.

Le gouvernement mettra au service du projet des personnes ressources compétentes (inspection, chercheurs, conseillers pédagogiques ) et garantira aux équipes volontaires une redistribution des moyens générés par la suppression des maintiens et redoublements. Les écoles qui se lancent dans le projet s’engageront pour leur part à ne plus maintenir, proposer d’année complémentaire, ni faire redoubler les enfants de la 3e maternelle à la 2e primaire, à consacrer du temps de formation et de concertation au service du projet, à travailler en collaboration avec les partenaires extérieurs, à utiliser les moyens redistribués au service d’une modification des pratiques pédagogiques. Il pourrait s’agir, par exemple, de mêler des élèves de différents âges pour certaines activités, de développer les échanges entre instituteurs de différentes années "Des pratiques qui existent déjà dans certaines écoles", constate la ministre. Raison pour laquelle elle veut laisser l’initiative aux acteurs de terrain, et faire circuler les bonnes pratiques.

Sans vouloir remettre en question des valeurs telles que l’effort et la persévérance, ni "niveler par le bas", Marie-Dominique Simonet entend donc, non pas interdire le redoublement en cours de cycle, mais le mener doucement à l’extinction, en commençant par les plus petits et en escomptant que par un vertueux effet boule-de-neige, cette pratique ne devienne plus qu’un rare vestige du passé.