Trois policiers suspendus après avoir tabassé un détenu aux urgences de Saint-Pierre. Un incident de plus.

Et ça continue. Depuis des mois, les accusations de bavure s’enchaînent s’agissant de policiers membres de la zone de Bruxelles-Capitale-Ixelles. Au printemps, le bourgmestre PS de Bruxelles, Yvan Mayeur, a même décidé, en concertation avec le chef de corps de la zone, d’installer des caméras dans les couloirs du commissariat et de modifier les procédures de formation des policiers, en créant des heures de cours de déontologie supplémentaires et en lançant un programme de formation au respect des citoyens, de la diversité et d’éléments comme la lutte contre le sexisme et le racisme.

Aux urgences de Saint-Pierre

Cela ne semble pas avoir servi à grand-chose car, comme l’a révélé la DH, mercredi, deux policiers de la zone de Bruxelles-Capitale et un autre, dépendant de la police fédérale, viennent d’être suspendus. Ils sont soupçonnés d’avoir porté des coups sans raison à un détenu menotté et allongé sur une civière au service des urgences de l’hôpital St-Pierre. Ils avaient en charge son transfert pour raisons médicales.

La scène a été filmée à l’insu des policiers. La direction du CHU Saint-Pierre a dénoncé la bavure au parquet de Bruxelles et a joint à sa plainte les images de la présumée bavure.

La porte-parole du parquet de Bruxelles a confirmé que l’affaire est à l’instruction sous le chef de coups et blessures volontaires par fonctionnaires avec circonstances aggravantes.

Deux inspecteurs, dont une femme, ont été suspendus par la direction de la police de Bruxelles-Capitale, qui attend les suites de l’instruction pour prendre d’éventuelles sanctions définitives. Un inspecteur de la police fédérale détaché à Bruxelles à l’issue de sa période de formation a également été suspendu. Une enquête est menée par le Comité P.

David Murgia et les autres

Ce grave incident vient s’ajouter à une longue liste de dérapages. Le 20 avril 2014, l’interpellation de deux jeunes, au Mont des Arts, avait tourné à la bastonnade. Insultes et violences avaient continué au commissariat. Un médecin avait reconnu les deux victimes incapables de travailler pendant 3 et 10 jours. Un inspecteur a été renvoyé en correctionnelle pour ces faits.

Le lundi de Pâques, le comédien David Murgia, Magritte du meilleur espoir masculin en 2013, s’était fait apostropher par un policier parce qu’il n’empruntait pas un passage pour piétons. M. Murgia avait reproché au policier son ton agressif. Résultat : le comédien fut ceinturé, menotté, insulté et emmené au commissariat où il subit, dit-il, diverses brimades. En juin 2013, une habitante d’Ixelles avait accusé la police de violences injustifiées tandis que deux jeunes ont porté plainte pour violences à caractère homophobe à la sortie du Brussel Summer Festival.

Il y a quelques mois, un rapport de l’Observatoire des violences policières, mis en place par la Ligue des droits de l’homme, avait mis en évidence le fait que les victimes de "bavures" venaient de toutes les couches de la population et avaient tous les âges. "Ces violences ne sont pas concentrées sur Bruxelles mais se rencontrent de manière tout à fait décentralisée", indiquait le rapport. Bref, on assisterait à une "banalisation" des bavures, ce que réfutent les syndicats policiers, lesquels rappellent que leurs membres sont, eux aussi, régulièrement victimes d’insultes, de menaces voire de coups.J.-C.M.