Son visage, affreusement mutilé, a été montré à de nombreuses reprises. Il inspire l’effroi. Aujourd’hui, devant les assises de Bruxelles-Capitale, Patricia Lefranc sera face à son agresseur qui lui a projeté du vitriol au visage, la défigurant à jamais. Richard Remes, n’avait pas supporté qu’elle mette fin à leur relation. Il comparaît pour tentative d’assassinat, des faits passibles de 30 ans de prison.

Les faits datent du 1er décembre 2009. Vers 14h30, deux employés d’une agence immobilière de Molenbeek-Saint-Jean, entendent des cris intenses de douleur. Ils se précipitent à l’extérieur et aperçoivent une personne rampant sur le trottoir, s’appuyant sur les mains et les genoux, la tête penchée. Son visage, ses cheveux, sa poitrine et ses bras sont recouverts d’une matière visqueuse avec des grumeaux. Des morceaux de peau jonchent le sol. Ils la connaissent. Elle leur dit qu’il s’agit d’acide, qu’elle a été agressée dans l’entrée de son immeuble et qu’elle était descendue car quelqu’un avait sonné chez elle, indiquant qu’il avait un colis pour elle. Une fois en bas, l’agresseur, casqué, ganté et habillé de noir, lui a lancé au visage un liquide, avant de la frapper et de lui tirer les cheveux afin de pouvoir lui projeter une deuxième fois le produit. Elle dit que "c’est Richard". Hospitalisée, plongée dans un coma artificiel, elle ne pourra être interrogée avant avril.

Richard Remes est rapidement identifié. Des proches de Patricia Lefranc expliquent qu’il la harcelait car il n’acceptait pas la séparation. Il est interpellé cinq heures plus tard dans son appartement, situé dans le même immeuble. Une bouteille d’acide sulfurique est retrouvée dans sa cuisine. Le casque et l’habit de motard sont rangés dans son appartement. Il évoque "une blague qui a mal tourné" : il n’aurait voulu que lui faire peur Il certifie avoir lancé le contenu du bol d’acide en une fois. Il dit ne pas avoir visé le visage : il a été surpris qu’elle sorte de l’ascenseur par la droite et non la gauche. "Conscient de sa bêtise", il dit avoir voulu emmener Patricia Lefranc chez lui pour lui mettre de l’eau sur le visage. Ce qu’elle aurait refusé.

L’enquête montre qu’il avait emprunté la tenue de motard quelques jours plus tôt et qu’il avait acheté l’acide deux semaines plus tôt. Autant d’éléments allant dans le sens d’un acte prémédité. L’enquête met au jour le parcours chaotique de la relation d’un an qu’a entretenue Patricia Lefranc avec Richard Remes. Au fil du temps, son comportement lui est apparu troublant, voire inquiétant.

Au cours d’un séjour en Egypte, il avait pris d’elle plus de 600 photos de toutes les parties de son corps qu’il comptait afficher dans sa chambre. Il s’était promené en ville avec un T-shirt sur lequel figuraient une photo d’elle et la mention "Je l’aime". Il lui mentait. Il était trop "collant". Il avait mis une annonce, vite retirée, sur un site de rencontres gay, ce qui avait troublé Patricia. Il fréquentait assidûment des sites de rencontres sur le net. Ce que confirmera l’examen de son GSM. Le 1er décembre, entre 14h40 et 19h00, il a eu des contacts par SMS avec quatre de ces femmes, certaines avec qui il avait entretenu très récemment des relations intimes.

Réentendu, Richard Remes donne une nouvelle version. Il projetait d’acheter un gigantesque bouquet de fleurs pour l’offrir à Patricia Lefranc. Il l’a croisée par hasard sortant de l’ascenseur. Elle l’aurait éconduit et insulté. Se sentant humilié, il serait remonté chez lui. Il aurait enfilé sa tenue de motard, prêtée, dit-il pour la surprendre avec le bouquet. Il aurait voulu saisir un pot de peinture dans le but de lui projeter son contenu au visage mais aurait pris machinalement la bouteille d’acide sulfurique. Il aurait alors sonné à la porte.

Cette version sera mise à néant par la femme de ménage de Patricia Lefranc qui était avec elle dans son appartement. Elle l’a certifié : Patricia n’est sortie qu’une fois de son logement après qu’un inconnu, qui dissimulait son visage de la caméra de l’interphone, eut actionné la sonnette.

Enfin en état d’être entendue, Patricia Lefranc confirme que l’agression s’est produite en deux temps. Après le premier jet d’acide, il l’a immobilisée au sol par les cheveux pour une projection ciblée sur le visage. Richard Remes dément ce second assaut.

L’examen de l’ordinateur de l’accusé révèle que neuf jours avant les faits, il a contacté une société en Chine pour se procurer du cyanure et qu’il a fait des recherches sur les effets des brûlures au vitriol.

L’enquête révèle qu’en 1988, Richard Remes et sa maîtresse de l’époque ont été soupçonnés d’avoir tué le bébé de 17 mois de cette dernière. Le cadavre avait été retrouvé au pied de l’immeuble mais il était apparu qu’il n’était pas tombé par la fenêtre mais qu’il avait été étouffé. Détenus plusieurs mois, le couple avait bénéficié d’un non-lieu en 1997. Le dossier a été rouvert à la lumière des nouveaux faits.

Aujourd’hui, Patricia Lefranc, âgée de 45 ans, ne voit plus d’un œil. Elle est dépendante de tiers dans les gestes de vie quotidienne : alimentation, habillage. Elle éprouve des difficultés à se déplacer. Brûlée sur 30 % du corps, elle aurait pu mourir de ses blessures.

Richard Remes, qui a eu cinq enfants avec sa femme, a eu de nombreux employeurs : hôpital Saint-Pierre, Stib, Bruxelles-propreté. Il a été soupçonné de vols au travail. Fou de musculation, il a traficoté avec des stéroïdes. Toute sa famille prend fait et cause pour lui, jugeant Patricia responsable de sa séparation avec sa femme.

Son procès, pour tentative d’assassinat, doit durer deux semaines. Il sera présidé par la conseillère Karin Gérard. Le siège du ministère public sera occupé par l’avocat général Pierre Rans.