Sale temps et drôle d'endroit pour une nuit de camping. Quoique, le lieu, finalement, n'est pas si déplaisant : un agréable cadre de verdure, généreusement arboré, dirait la brochure. Planté en lisière de la forêt de Soignes, à Auderghem, le Collège Saint-Hubert semblait avoir accueilli dans la nuit de mercredi à jeudi le Salon, en plein air, du camping. Modèle igloo ou façon tipi, une douzaine de tentes bordaient le chemin menant au guichet sacré, censé délivrer "the" inscription. Cerise sur ce tableau champêtre et hivernal, un barbecue prenant l'eau. Voilà le décor de la dernière histoire belge. Les personnages ? Hommes et femmes transis de froid, semblables aux rescapés d'un naufrage, auxquels le directeur de l'établissement n'a pas dû répéter deux fois, jeudi matin, qu'ils étaient les bienvenus à l'intérieur, dans un local chauffé. Un peu d'humanité dans ce monde de fous ! Après tout, les protagonistes n'étaient pas venus là pour faire la pub de l'école en question, comme si la qualité de l'établissement scolaire se mesurait à la longueur de la file d'attente. A l'intérieur donc, d'absurde, le spectacle devient navrant. On se croirait débarqué dans un hôpital de campagne, comme on en voit régulièrement après de grandes catastrophes. A un détail près, les figurants, emmitouflés et allongés sur leur matelas gonflable ou leur lit de camp, n'ont pas forcément la tête de la situation. De prime abord, on n'a pas idée de parler spontanément de "mixité sociale". Mais soit. Bombardé G.O., qu'il est d'ailleurs de son état, Nicolas, arrivé le premier sur les lieux (à 18 h, mercredi), et détenteur d'une procuration qui lui fera gagner 10 € l'heure, est en charge de dresser la liste par ordre d'arrivée. Si, parmi la trentaine de motivés à avoir partagé ces quelques tentes une nuit durant, on reconnaît que l'ambiance était bonne malgré le froid, et que la solidarité l'a emporté, on ne se prive pas pour déverser son fiel, ou du moins s'épancher sur cette situation absurde. "Un décret débile", "une affaire de privilégiés", "un fossé qui se creuse de plus en plus", "Arena n'a pas intérêt à se pointer ici"... Fébrile, un père entre, bonnet sur la tête et sac au dos, il s'en prend au premier aperçu : "Qu'est-ce-qu'il-faut-faire? Où-est-la-liste? Je-veux-pas-perdre-ma-place". Du délire. "Voilà un peu de potage chaud, Nicolas", intervient le "papa-payeur". "Plus de 80 pc des personnes qui sont ici avaient déjà inscrit leur enfant", reprend cette maman, "alors qu'est-ce que cette mascarade va changer ?". "Bonjour, pourriez-vous me prendre en compte ?" interrompt une nouvelle arrivante, paniquée à l'idée de ne pas figurer en juste position sur la liste. C'est qu'en début d'après-midi, le quota des places disponibles semblait déjà atteint. "Il faut aussi penser à la pression que l'on met sur les enfants. Ils sont déjà stressés à l'idée de ne pas être acceptés, puis de ne pas se plaire à l'école, voire de ne pas réussir". Et dire que leurs parents ont passé une nuit dans le froid...En attendant, la salle se remplit. Plus on est de fous...