Il s’était pavané en septembre 2013 dans une des premières émissions (Envoyé Spécial, sur France 2) consacrées aux Européens partis en Syrie. "C’est pas n’importe qui va là-bas. Il faut avoir du courage. Et moi, les jeunes qui sont allés là-bas, je les respecte", disait-il, filmé de dos, la capuche lui recouvrant la tête.

A peine âgé de 18 ans et 7 mois, Ibrahim était actif dans le Resto du Tawhid, le groupe de Jean-Louis Denis. Ce prédicateur est, selon le tribunal correctionnel, responsable du départ en Syrie de nombreux jeunes - dont un que l’on a vu comme passager d’Abdel Hamid Abaaoud, lorsqu’il traîne des cadavres.

Cinq semaines après son passage à "Envoyé Spécial", Ibrahim est parti en Syrie. Il y est resté 100 jours. Il est rentré blessé aux jambes et au dos, atteint par des éclats de mortier.

Interrogé au retour, il s’est tu, prétendant qu’il avait fait de l’humanitaire, niant avoir rejoint des groupes armés malgré l’évidence.

Ce n’est qu’au procès en première instance, en novembre, qu’il a reconnu avoir rejoint un groupe djihadiste, qu’il avait utilisé des armes avant de couper court à son interrogatoire. Il n’est venu qu’un jour à son procès, passant pour un dur de dur. Résultat : 5 ans de prison, maximum pour participation - comme membre - aux activités d’un groupe terroriste.

Atteint d’un cancer à 16 ans

Jeudi, en appel, son avocat, Me Isa Gultaslar, a tenté de renverser la vapeur. Il a ainsi décrit un jeune, frappé par un cancer à 16 ans, alors qu’il était en 4e secondaire, quasi miraculeusement guéri après un an de traitement.

Déscolarisé, il n’a pu reprendre ses études et s’est coupé de la société. Confronté à sa propre mort, il a suivi tout un chemin spirituel.

"A 18 ans, il a été happé dans un système pervers. Il a été happé dans quelque chose qui le dépasse", a relevé Me Gultaslar. Aujourd’hui, son client veut tourner la page car il "a compris qu’en Syrie, il n’était que de la chair à canon".

Il a suivi un an de formation en soudure, qu’il ne pouvait abandonner : raison de son peu d’assiduité en correctionnelle, a dit l’avocat qui demande de tendre la main à son client en lui accordant le sursis. Les juges devront trancher car le parquet, convaincu qu’il n’est rentré de Syrie qu’en raison de ses blessures, a demandé la confirmation des 5 ans.