Alors que l'audition du juge d'instruction et des policiers chargés de l'enquête sur la mort de Véronique Pirotton se terminait mardi soir, l'accusé Bernard Wesphael en a profité pour envoyer un message au juge d'instruction en lui rappelant qu'il lui avait envoyé une longue lettre et qu'il lui avait demandé de faire une analyse sur le mélange alcool-médicaments. Selon l'accusé, le magistrat instructeur ne lui a jamais répondu. "J'ai envoyé une longue lettre à Mme le juge d'instruction pour être entendu sur le contexte et le fond de l'affaire, c'était une demande argumentée et structurée mais je n'ai jamais eu de réponse. Après mon audition qui a abouti sur le mandat d'arrêt, je l'ai vue une seule fois devant la chambre du conseil et je lui ai demandé, les yeux dans les yeux, pourquoi elle n'avait pas exigé des analyses sur le mélange alcool-médicaments. Elle s'est levée et elle est sortie sans me répondre", a commenté l'accusé.

Plus tôt, le magistrat instructeur avait indiqué à la cour qu'elle avait demandé au toxicologue d'analyser tous les produits découverts dans la chambre 602 de l'hôtel Mondo et de transmettre ses constatations au médecin légiste, le seul qui est habilité à déterminer la cause de la mort. Le médecin légiste avait conclu à une mort violente avec intervention d'un tiers. Or, plus tard, des conseillers techniques mandatés par la défense (deux médecins légistes et un professeur en toxicologie) avaient conclu que Véronique Pirotton avait été victime d'une intoxication alcoolo-médicamenteuse.

L'audience s'est terminée mardi peu avant 20h et les enquêteurs, qui ont présenté leurs travaux durant cinq jours, ont pu être libérés de leurs obligations. L'audience reprendra mercredi à 9h avec l'audition du personnel de l'hôtel Mondo.

La cour entendra ensuite les témoins de moralité de Véronique Pirotton et notamment son ancien amant Oswald D., qui sera auditionné durant l'après-midi, après 14h. "Son audition risque de durer plus de dix minutes", a ironisé le président de la cour, Philippe Morandini.

Me Mayence, avocat de la défense, a demandé la diffusion de l'audition vidéo filmée du fils de Véronique Pirotton qui a refusé de témoigner en personne. L'avocat des parties civiles, Me Philippe Moureau, ne s'y est pas opposé à condition de pouvoir voir cette audition avant la diffusion, en compagnie du papa du mineur.

Le président de la cour d'assises a annoncé qu'il avait enfin trouvé du matériel de diffusion.


Les parties rebondissent sur le récit détaillé du 31 octobre

Après une interruption mardi en milieu d'après-midi, les enquêteurs sont revenus dans la salle d'audience pour détailler à l'aide d'une ligne du temps schématique le déroulement des événements le jour des faits, depuis le petit-déjeuner jusqu'à l'arrivée des secours.

L'exposé a donné suite à plusieurs questions des parties. D'après les images des caméras de l'hôtel et le système d'enregistrement des badges des clients, le couple est remonté dans la chambre 602 à 11h07 le matin du 31 octobre 2013. Selon l'accusé, ils ont alors une relation sexuelle, après qu'elle lui avait dit qu'elle voulait un enfant de lui. Ils sont ensuite restés au lit jusqu'en début d'après-midi. Le président de la cour d'assises a interpellé mardi Bernard Wesphael au sujet de nombreux échanges téléphoniques répertoriés durant cette "période romantique", notamment un appel de l'accusé à un notaire ou un message à une agence immobilière. L'ex-parlementaire a répondu en disant que le couple avait aussi bu du vin rouge dans la chambre pour fêter les retrouvailles, et que ces échanges téléphoniques ont eu lieu à ce moment-là. "Je me souviens que nous avons utilisé notre GSM."

Les enquêteurs sont encore revenus sur les différents SMS ou appels notés entre la victime et son amant ce jour-là, que l'accusé indique ne pas avoir remarqués, ainsi que sur le message vocal laissé par Bernard Wesphael à Oswald D. à 17h47, qui avait déjà été évoqué lundi. "J'ai voulu dire à cet homme qu'il était lâche, avec l'intention d'aller à la police moi-même pour porter plainte contre lui pour harcèlement après être rentré de la mer".

Me Moureau, avocat des parties civiles, s'est aussi demandé comment il se faisait que Véronique Pirotton adoptait une démarche chancelante avant d'entrer dans le snack pitta d'Ostende à 17h08, alors que, selon les dires de l'accusé, elle n'avait bu qu'un cava, deux verres de vin rouge et un verre de vin blanc en apéritif dans un café. "Sauf erreur de ma part, personne dans ce café n'a pu identifier Véronique Pirotton et Bernard Wesphael", a demandé l'avocat général aux enquêteurs, qui confirment. "Il n'est donc pas exclu qu'ils soient allés ailleurs? ", poursuit le ministère public. "C'est exact", confirme un policier.

L'avocat général s'est aussi interrogé sur un appel émis vers la boîte vocale de M. Wesphael le 31 octobre à 21h28, heure à laquelle il faisait une sieste après une crise de son épouse.

Me Moureau s'est ensuite attardé sur une griffe constatée par le réceptionniste au poignet de Bernard Wesphael à 23h00, juste après que l'accusé était venu prévenir d'une tentative de suicide de son épouse. "Ca saigne toujours, alors que selon ses dires elle remonte à 21h00. A-t-on investigué là-dessus? ", a-t-il demandé aux enquêteurs. "Non, nous n'avons pas examiné cela."

La défense a enchaîné avec plusieurs questions à l'équipe d'enquête, entre autres pourquoi l'arrivée des pompiers n'était pas renseignée sur la ligne du temps. "On a deux pompiers, dont l'un qui explique qu'il a peut-être cassé une côte à la victime. Vous filtrez les informations à mettre sur votre ligne du temps? ", questionne Me Mayence. Les policiers précisent que cette information se trouve bien dans le dossier.

Le président a par ailleurs demandé aux enquêteurs s'il avait été demandé à Oswald D. pendant l'instruction s'il avait effacé une partie de la conversation enregistrée entre Véronique Pirotton et lui le 30 octobre, ou s'il avait démarré l'enregistrement au milieu de celle-ci. "Nous ne lui avons pas demandé de manière explicite", déclarent-ils.

Me Mayence a profité de la présence de l'équipe d'enquête pour poser une autre question à la juge d'instruction. "Le docteur Cordonnier nous a expliqué qu'il n'avait pas étudié dans son analyse l'effet des médicaments avec l'alcool mais bien chaque point séparément, sans faire de potentialisation, car le juge d'instruction lui a demandé de ne pas le faire, c'est exact? " "Il n'y a que le médecin qui peut déterminer la cause de la mort, ce n'est pas au pharmacien de déterminer cela", explique-t-elle.

"Tout ce qu'on dit on doit le vérifier à la seconde! ", s'est exaspéré Me Mayence.

L'audience était toujours encore peu avant 19h30.


Me Mayence demande de mettre fin aux auditions des enquêteurs

Me Jean-Philippe Mayence a demandé au président de la cour d'assises du Hainaut, qui juge Bernard Wesphael, de mettre fin aux auditions des enquêteurs, mardi après-midi. L'avocat avait précédemment relevé plusieurs erreurs dans la ligne du temps présentée par les enquêteurs mardi après-midi.

L'audition d'un témoin qui n'a rien entendu le soir des faits, laquelle n'a pas fait l'objet d'un procès-verbal, a été la goutte qui a fait déborder le vase pour la défense. Le témoin, qui occupait la chambre 604 avec son épouse, a été entendu au petit matin du 1er novembre et il a raconté à un policier qu'il n'avait rien entendu, sauf des bruits de radio dans le couloir. La défense regrette que l'épouse de témoin n'ait pas été entendue et que plusieurs témoins ont parlé au nom de leur famille.

Cet homme et son épouse étaient rentrés dans leur chambre entre 22h15 et 23h. Or, à 22h58, Bernard Wesphael descendait à la réception pour signaler le suicide de son épouse. Il prétend aussi qu'il venait de se réveiller.

Me Mayence ajoute que ce témoin a dû passer devant la chambre 602 occupée par Bernard Wesphael et Véronique Pirotton car l'ascenseur se trouve devant la porte. L'avocat remarque aussi que d'autres personnes présentes dans l'hôtel ont signalé à la police qu'elles n'avaient rien entendu le soir du 31 octobre et que des procès-verbaux n'ont pas été rédigés. L'avocat de la défense a demandé au président de "mettre fin aux auditions des policiers" car la défense ne leur accorde plus aucune confiance. "Je ne crois plus rien", a déclaré l'avocat qui envisage de déposer des conclusions.

Interrogé par le président de la cour, le juge d'instruction explique que les enquêteurs n'ont pas auditionné ceux qui ont déclaré ne rien avoir entendu, la nuit du 31 octobre au 1er novembre, et que ceci a été acté dans un procès-verbal. "Nous avons noté un résultat négatif pour plusieurs chambres", raconte le magistrat instructeur.

Plusieurs occupants des chambres du sixième étage, dont ceux de la 603 voisine de la 602, n'ont rien entendu de suspect, sauf les Anglais qui occupaient la chambre 601 et qui ont été entendus, chacun à leur tour, dans le courant de la nuit au commissariat de police.

"Avez-vous eu des demandes, notamment de la défense, de devoirs complémentaires?" a demandé l'avocat général. Le juge d'instruction répond qu'elle n'a reçu aucune demande de devoirs complémentaires de la défense. Me Tom Bauwens prétend, quant à lui, être intervenu, à trois reprises lors des auditions de Bernard Wesphael, pour vérifier les heures qui lui paraissaient incorrectes. "C'est exact mais j'ai confiance en mes policiers, je pense qu'ils ont vérifié cela", répond Christine Pottiez, juge d'instruction. Visiblement, cela n'a pas été le cas car de nombreuses lacunes ont été constatées lors du procès.


Un QI de 83 est sous-évalué par rapport à ses capacités réelles

Après l'expert mandaté par la juge d'instruction et les conseils techniques de la défense, c'était au tour du collège d'experts désigné par le président, composé de deux psychiatres et un psychologue, ainsi que d'un professeur d'université, d'exposer le résultats de leurs analyses. Pour le professeur Pham, le score de 96 obtenu par l'accusé lors d'un second test de QI correspond davantage au fonctionnement cognitif de l'accusé que celui de 83. Le professeur pointe que Bernard Wesphael était dans un état de stress important au moment du premier test, ce qui n'est jamais optimal. De plus, l'accusé n'est pas atteint d'alexithymie, car il n'a pas de difficultés à identifier ses émotions et à les exprimer.

L'un des experts a encore souligné qu'on ne retrouve pas, chez Bernard Wesphael, de troubles de la personnalité. "Ce qu'on retrouve, c'est de traits histrioniques", auxquels est lié le théâtralisme que l'on peut noter chez lui. Ces traits n'atteignent toutefois pas le seuil pathologique.

On perçoit des "préoccupations somatiques, du ressentiment, mais qui sont plutôt liés à la situation". Aucun état dépressif majeur n'a été relevé dans le chef de l'accusé, mais on relève "la présence de ruminations moroses, de vécu dépressif", à mettre également en perspective avec la situation.

Le collège d'experts tend aussi à penser qu'il n'y a pas de troubles mentaux majeurs et pathologiques chez l'accusé, ni de déficit intellectuel. Il n'est pas dangereux pour la société.

Le professeur Pham est enfin revenu sur la méthodologie employée par son confrère, le Dr. Hellebuyck, mandaté par la juge d'instruction, qui a eu selon lui tendance effectuer une mesure très spécifique de la personnalité de l'accusé, sans essayer de voir plus large et de mesurer ses fonctions cognitives. "Il s'est concentré sur les traits caractéristiques de la psychopathie, alors qu'il conclut qu'elle ne se présente pas." "Pourquoi dès lors insister autant sur le mensonge pathologique et la manipulation" chez l'accusé? "Il laisse sous-entendre que des traits narcissiques et manipulateurs, couplés à une vie dense sur le plan conjugal et interpersonnel sont des traits potentiellement criminogènes", souligne le professeur, ce qui n'est pas clairement déterminé dans la littérature scientifique. La lecture du Dr. Hellebuyck donne trop d'importance "à la facette manipulatrice et au mensonge et a tendance à faire coïncider ces deux facettes avec un risque de comportements violents".

Un échange a ensuite suivi autour du terme de déni. Pour certains experts, le déni est symptomatique de la psychose. D'après le professeur Pham, il peut cependant être évolutif. La question de la différence entre le déni et la négation a également été posée.

Pour Bernard Wesphael, "des clarifications très importantes ont été apportées aujourd'hui", a-t-il déclaré à l'issue de l'audition des experts.


Des experts désignés après la rédaction de l'acte d'accusation

Un nouveau bras de fer a opposé mardi midi Alain Lescrenier, l'avocat général, à Me Mayence, l'avocat de la défense, lors du sixième jour du procès de Bernard Wesphael devant la cour d'assises du Hainaut. Me Mayence regrette que seule l'expertise du psychiatre désigné par le juge d'instruction figure dans l'acte d'accusation rédigé par l'avocat général.

La défense regrette également que cet acte d'accusation fut distribué à la presse, une semaine avant le procès. Pour la défense, "il est clair et net que la méthode utilisée par l'expert Hellebuyck (désigné par l'instruction) est inadéquate". Me Mayence a d'ailleurs remercié le président de la cour d'assises d'avoir désigné un collège d'experts, en plus de la contre-expertise demandée par l'accusé. "Vu que cela engendre des frais, on se limite souvent à un seul rapport d'expertise. Ici, nous avons la chance d'avoir plusieurs avis", dit-il en insinuant que si les juges ne devaient se baser que sur les rapports d'expertise demandés par l'instruction, son client n'aurait aucune chance de s'en sortir.

Pour rappel, les expertises médico-légales présentées jeudi dernier à la cour, n'arrivaient pas aux mêmes conclusions sur la mort de Véronique Pirotton. Pour les experts désignés par le juge, il s'agissait d'une mort violente avec l'intervention d'un tiers alors que pour les conseillers techniques de la défense, il s'agissait d'une intoxication alcoolo-médicamenteuse.

L'avocat général a répondu à Me Mayence qu'il avait rédigé son acte d'accusation en fonction de la date du procès, prévue initialement en février 2016. "Mon acte d'accusation devait être rédigé avant ces contre-expertises, qui ont eu lieu en 2015 et 2016. C'est la raison pour laquelle aucun de ces éléments n'entrent dans ce dossier car l'instruction a été clôturée le 15 mai 2015".

Me Mayence regrette amèrement que l'expertise du docteur Hellebuyck s'est retrouvée dans la presse, il y a une semaine, après la distribution de l'acte d'accusation aux journalistes, lors d'une réunion préliminaire organisée par le parquet général. "On y traite mon client de tous les noms", estime l'avocat.

Me Mayence a donc rédigé un acte de défense qui a répondu à chaque argument de l'accusation. Accusé d'avoir tué Véronique Pirotton dans la chambre 602 de l'hôtel Mondo à Ostende, Bernard Wesphael conteste l'accusation, arguant que son épouse a mis fin à ses jours.


"Il y a des dossiers où les policiers ont fait des rapports mieux préparés que celui-ci"

Les enquêteurs ont retracé mardi après-midi devant la cour d'assises la ligne du temps des événements des 30 et 31 octobre 2013 à Ostende. Une incertitude plane autour de l'heure de la réservation effectuée par Véronique Pirotton pour deux personnes dans un restaurant sur la digue. La défense a également relevé des approximations et des différences entre la ligne du temps textuelle et celle projetée à l'audience. "J'ai déjà vu des dossiers où les policiers ont fait des rapports mieux préparés que celui-ci! ", s'est exclamé l'avocat général. Sur la ligne du temps projetée en audience mardi, les enquêteurs ont indiqué que Véronique Pirotton avait effectué une réservation dans un restaurant pour deux à 16h00 le 30 octobre pour le soir-même. Or, la veille, ils avaient mentionné 15h00.

Les avocats de la défense s'interrogent aussi au sujet de l'heure indiquée sur la ligne du temps selon laquelle des occupants de la chambre 502 ont entendu du bruit dans la 602. "Je ne vois pas pourquoi, dans cette ligne du temps, on ne met pas la réalité du témoignage au moment où ça a été déclaré, si ce n'est pour faire correspondre cela à une position qu'on veut défendre! ", réagit Me Mayence. "Je suis plus que d'accord avec l'avocat général."

"Les données correctes sont indiquées dans la ligne du temps textuelle", a répondu un enquêteur.

Me Bauwens, conseil de Bernard Wesphael, a encore soulevé une erreur dans la version papier, qui mentionne un SMS de Victor, le fils de la victime, à Véronique Pirotton, le 30 octobre à 14h11. "Nous avons constaté que ce SMS était mal noté et ne concernait pas un SMS de Victor à Véronique Pirotton. C'est peut-être parce que c'était un bug à la limite de deux pages, je n'ai pas d'explications, mais cela a été corrigé", a répondu l'enquêteur.

"On est qu'à la deuxième slide et on se pose des questions sur tous les éléments", a déploré Me Bauwens.

Ces contretemps ont fâché le président, Philippe Morandini, d'autant que certains changements n'ont pas été mentionnés à la cour. Il a interrompu l'audition des enquêteurs, demandant à ceux-ci de retourner dans la salle des témoins pour aller vérifier leurs données, afin de pouvoir entendre comme prévu un autre témoin.


L'accusé souffre d'un anxiété inhibitive

Le docteur Michel Dufrasnes, psychiatre, et Laurent Devoitille, psychologue, ont témoigné devant la cour d'assises du Hainaut, mardi matin, en tant que conseillers techniques mandatés par la défense de Bernard Wesphael, accusé du meurtre de son épouse Véronique Pirotton, commis le 31 octobre 2013 à Ostende. Selon ces conseillers techniques, qui ont rencontré l'accusé en août, septembre et octobre 2015, l'accusé souffre d'une anxiété inhibitive. Les conseillers techniques ont étudié la personnalité de l'accusé selon cinq critères définis et ont conclu à des résultats positifs. Selon eux, Bernard Wesphael n'est ni antisocial, ni border-line, ni psychopathe. "Nous avons toujours trouvé un comportement stable, cohérent mais il souffre d'une anxiété inhibitive, capitale dans son comportement", raconte le médecin.

"L'accusé souffre de carences affectives sévères et il a connu des évènements très traumatisants dans sa vie. Il a pu néanmoins se structurer", poursuit le docteur, "Bernard Wesphael serait sensible au bien qu'on dit de lui".

Laurent Devoitille avait pour seule mission de décrire la personnalité de Bernard Wesphael, sans avoir accès au dossier répressif. Trois tests reconnus internationalement ont été effectués, pour une durée de plusieurs heures chacun. Selon ces tests, tout semble cohérent. "Dans son histoire de vie, il y a des éléments importants. La première est une mère soumise, dans un milieu modeste, à un homme bourru, dont le seul lien avec son fils est la violence. Ce qui explique pourquoi Bernard Wesphael a fui le domicile familial très jeune".

Une faible stimulation intellectuelle a été constatée alors que l'accusé avait les moyens intellectuels de réussir son parcours scolaire, "il a échoué car son milieu ne lui permettait pas de réussir". Heurté à la violence du système militaire, Bernard Wesphael a préféré quitter l'armée car il a été confronté au traumatisme de son enfance, les violences subies par son père.

L'expert remarque que l'accusé ressent mal les faits qui lui sont reprochés, qu'il a un problème avec l'autorité mais les tests ne révèlent rien de pathologique. "La pensée est bien ancrée dans la réalité, ce n'est pas un psychotique", dit-il. "Qu'il ait fait preuve de déni alors qu'il n'est pas psychotique, ce n'est pas possible".

L'expert note que Bernard Wesphael a une image de lui-même qui n'est pas narcissique, comme l'a défini plus tôt l'expert désigné par l'instruction, "il a plutôt une image négative, naïve de lui-même, car il a cumulé les échecs avant de quitter une institution comme le Parlement wallon pour se retrouver en prison". Mais cette image ne serait pas dramatiquement négative.

Au sujet du test de QI, évalué à 83, l'expert estime que les résultats sont assez controversés. "Le score est faible mais le résultat peut très bien s'expliquer par l'anxiété inhibitive car la première expertise l'avait envoyé à l'échafaud".

Après cet exposé, Me Moureau, avocat des parties civiles, a posé quelques questions aux conseillers techniques de la défense. "Vous écrivez que M. Wesphael s'est montré collaborant. Est ce que vous vous imaginez qu'il allait adopter un comportement inverse?" Le docteur répond qu'un psychopathe va persister dans le mensonge, mais pas Bernard Wesphael qui a eu un récit logique, marqué par son anxiété.

"Aucun élément ne nous a laissé penser qu'il trichait", ajoute le psychiatre. "Nous ne concluons pas qu'il est collaborant dans ce dossier, ce n'est pas notre rôle. Notre capacité est de dire qu'il a été sincère dans ses réponses par rapport aux tests".

Bernard Wesphael serait une personnalité introvertie selon les deux conseillers techniques, "pas quelqu'un de théâtral", comme l'avait qualifié l'expert mandaté par l'instruction. "Il a tendance à oublier des éléments perturbants", ajoute le psychiatre. Concernant le test post-traumatique, les experts retiennent que l'individu a été confronté au corps sans vie de sa femme, "un évènement stressant et traumatisant".

L'avocat général remarque que le psychologue a noté une série de choses dans son rapport, dont l'agressivité de Véronique Pirotton avec son fils. "C'est bien Bernard Wesphael qui vous l'a dit?", lui a-t-il demandé. "Certainement", a répondu l'expert qui n'avait pas mis cette phrase entre guillemets. Du côté de la défense, Me Mayence attend la lecture de l'audition du fils de la victime, lequel a refusé de venir témoigner à la barre.



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