Comment décrire Bernard Wesphael ? Quels sont les traits de personnalité de cet homme accusé d’avoir tué sa femme, le 31 octobre 2013, dans un hôtel d’Ostende ? A entendre le docteur Hans Hellebuyck, psychiatre désigné par la juge d’instruction, qui est venu témoigner mardi devant la cour d’assises de Mons, on se trouve face à un personnage narcissique, manipulateur et doté "d’une capacité extraordinaire à mentir".

Le psychiatre était chargé de déterminer si l’accusé souffre d’une aliénation mentale qui l’empêche de contrôler ses actes et de jauger son éventuelle dangerosité sociale. Il a d’abord vu l’accusé au moment de la reconstitution avant de le rencontrer quelques jours plus tard en tête à tête à la prison de Bruges, pendant 50 minutes. Il ne l’a plus revu ensuite.

Son rapport révèle une étrange expertise - "hallucinante" , pour la défense - qui mêle éléments du dossier, appréciations personnelles et informations puisées dans "Paris Match" ou sur Facebook.

L’expert sort en rasant les murs

"Quand on parle avec lui, le récit ne correspond pas à la réalité", juge le psychiatre. Il évoque la vie relationnelle de Bernard Wesphael pour étayer son propos. Quand on a autant de partenaires, treize selon le dossier, et de relations extraconjugales qu’on a réussi à cacher, on doit forcément être doué pour la dissimulation, comprend-on. Autre indice d’une propension caractérisée à mentir : l’accusé nie son problème d’alcool. S’il reconnaît bien boire du vin le soir avec son épouse, d’autres témoins affirment qu’il était ivre dès le matin, place l’expert.

Il assène : l’accusé raconte parfois des choses dont lui-même se rend compte qu’elles ne tiennent pas la route. Exemple ? "Se suicider avec un sac en plastique sur la tête, tout le monde sait que c’est impossible !", s’exclame-t-il. Mais est-ce bien le rôle d’un expert de porter des jugements sur les faits ? Son rapport épouse en tout cas parfaitement la thèse de l’accusation.

A l’audience, le docteur Hellebuyck en a pris pour son grade - il quittera la salle en rasant les murs. Me Jean-Philippe Mayence, conseil de Bernard Wesphael, démonte point par point ce rapport. Il s’offusque - en regardant l’avocat général - qu’il ait atterri dans la presse quelques jours avant le début du procès. S’il n’y avait eu que cette expertise dans le dossier, son client n’aurait eu aucune chance de s’en sortir. L’échafaud assuré.

Mais d’autres experts (deux conseillers techniques de la défense; un collège d’experts psychiatres désignés par la cour; le professeur Thierry Pham, pour faire la synthèse) ont sondé, en profondeur, l’âme et le cœur de l’accusé; ils en ont tiré des conclusions largement convergentes et autrement plus nuancées.

Qu’en ressort-il ? L’accusé, responsable de ses actes, ne souffre pas de troubles de personnalité : il n’est pas antisocial, ni borderline ni psychopathe. Il n’a pas davantage de problèmes d’alcoolisme - il n’y a pas de dépendance - même s’il peut se laisser aller à " des abus alcooliques ponctuels". Un type plutôt normal, au fond.

Il n’y a pas davantage de déni au sens d’un mécanisme de défense qui nie la réalité - il n’apparaît que chez les sujets atteints de psychose. Mais on peut être dans la négation sans être psychotique pour autant…

"Un peu surpris"

Délicat, le professeur Pham s’est donc dit "un peu surpris" et "étonné" de la méthode utilisée par le docteur Hellebuyck. Il évoque "une lecture focalisée". Ce n’est pas parce qu’on ment qu’on est psychopathe, dit-il.

Pourquoi tant insister sur une tendance à la manipulation et au mensonge, pourquoi souligner un côté narcissique alors que ces traits ne sont pas pathologiques chez Bernard Wesphael ?, interroge le professeur Pham. "Cela sous-tend qu’ils sont potentiellement criminogènes."

Pour le spécialiste en psychologie légale, il est intéressant de prendre en considération le contexte conjugal pour tenter d’appréhender toute la complexité du drame. Faut-il le situer dans le cadre d’une escalade dans les relations interpersonnelles ? Chez Bernard Wesphael, relève-t-il, les marqueurs de risque qu’on trouve habituellement en cas de violence conjugale n’existent pas : pas de polydélinquance, pas de personnalité antisociale, pas de tendance impulsive…


Pathétiques policiers

Mais quel bazar ! Quel embrouillamini ! Quelle confusion ! Il y a quelque chose de pathétique à voir la juge d’instruction et les enquêteurs s’emmêler les pinceaux à qui mieux mieux. Embrouillés dans leur propre enquête, mis en difficulté à chaque question, incapables de confirmer qu’on a entendu tel témoin, de retrouver un PV, l’heure d’un SMS ou d’établir une ligne du temps cohérente. Le président Morandini a failli perdre patience. Même l’avocat général s’est énervé. Me Jean-Philippe Mayence a lui carrément proposé qu’on arrête l’audition. "A quoi ça sert ? Je ne crois plus rien", a-t-il lâché, consterné.


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