Yves Leterme ne réussira sans doute pas à éviter le pire, ce mercredi, c'est-à-dire le vote, en commission de l'Intérieur, du premier article des propositions de loi flamandes prévoyant la scission de l'arrondissement de Bruxelles -Hal-Vilvorde ? Mardi soir, les négociateurs flamands annonçaient tous leur intention de passer au vote des propositions de loi scindant BHV. Sauf miracle, ce sera la fin de la mission d'Yves Leterme.

1 Pourquoi cette crise ? Officiellement personne n'a voulu en arriver là. Mais la lecture des commentaires des médias, mardi matin, révélait déjà une fracture de plus en plus profonde entre hommes politiques et observateurs du Nord et du Sud. Si les francophones jugeaient tous que la responsabilité de la crise incombait en grande partie au cartel flamand - dont l'ultimatum menaçait la mission d'un des siens, d'Yves Leterme - la tonalité des commentateurs flamands était tout autre. Pour eux, en effet, ce sont les francophones qui, par leur refus obstiné de négocier, de dégager une solution équilibrée à la scission de BHV, ont précipité le pays dans la crise politique, désormais inévitable.

2 Est-ce la faute d'Yves Leterme ? Il faut bien admettre que, malgré certains progrès, il a encore éprouvé d'énormes difficultés à dégager un compromis clair, précis et surtout équilibré qui puisse servir de base à la négociation. Le piètre document qu'il a soumis mardi était insuffisant pour les francophones : comment en effet proposer, en début de négociation, un projet limité dans lequel les francophones ne retrouvaient pas leurs demandes ? Entrer dans ce type de négociation, c'était accepter d'en sortir déshabillé.

Après l'ultimatum posé, lundi, par le cartel flamand et le VLD, Yves Leterme devait surtout convaincre ses troupes que la négociation avait réellement débuté et que, dès lors, la réunion de la commission pouvait être reportée. Mardi soir, les partis flamands ont déclaré qu'ils acceptaient de négocier sur la base des propositions déposées par Yves Leterme. L'honneur de ce dernier est donc sauf. Mais ils ont quand même décidé de torpiller la mission.

3 Que va-t-il se passer ? Ce matin, tout d'abord, une réunion de la dernière chance doit encore avoir lieu. Le formateur, porteur d'ultimes propositions, rencontrera les négociateurs francophones. Plus acceptables ? Pas sûr, du tout. Il est donc plus que probable, sauf revirement exceptionnel, que les partis flamands considèrent que les progrès dans la négociation sont insuffisants.

Comment d'ailleurs en serait-il autrement ? Même si les francophones avaient accepté le texte de base du formateur, il aurait encore fallu des jours, si pas des semaines, pour aboutir à un accord complet sur BHV.

On le voit, à présent, la stratégie des partis va surtout être de sauver la face et de gérer la crise face à son opinion publique.

Quoi qu'il en soit, le vote du premier article des propositions de loi prévoyant la scission de BHV entraînera donc le départ de tous les francophones de la commission de l'Intérieur de la Chambre. Et, à tout le moins, la suspension des négociations sous l'autorité d'Yves Leterme. Ira-t-il, si ce scénario se confirme, chez le Roi pour demander à être relevé de sa mission ? C'est probable mais pas encore tout à fait certain car d'autres sources continuent à affirmer que même après le vote en commission, il sera encore possible de recoller les quartiers de l'orange bleue.

Ce qui est certain, c'est que le président du MR, Didier Reynders, convoquera sans délai une réunion des présidents des partis démocratiques francophones pour évaluer la situation. Le président du parlement de la Communauté française, Jean-François Istasse, se tient prêt à réunir le bureau du parlement de la Communauté française dès ce mercredi soir, pour lancer la procédure de conflit d'intérêts.

La suite est évidemment très aléatoire. On imagine que le Roi entamera des consultations pour savoir :

- s'il maintient Yves Leterme;

- si cela vaut la peine de lancer un (in) formateur, non CD & V, chargé de mettre sur pied un gouvernement orange bleue;

- s'il s'avère plus opportun de prévoir un gouvernement fédéral de transition qui conduirait la Belgique jusqu'aux élections de juin 2009, élections régionales et fédérales.