Belgique

Plus d'une heure s'est écoulée entre les deux attaques qui ont touché l'aéroport de Zaventem à 7h58 et la rame de métro dans la station de Maelbeek à 9h11. Plus précisément 73 minutes. Comment les autorités ont réagi après les premières explosions ? Le second attentat dans le métro aurait-il pu être évité ? Pourquoi n'a-t-on pas imposé une mise à l'arrêt et une évacuation immédiates du réseau de transport public ? Des questions que de nombreux citoyens se posent, trois jours après les attentats de Bruxelles.

Depuis les attentats du 13 novembre, le scénario des attaques multiples est pourtant dans tous les esprits. À Paris, six cibles différentes ont été frappées en une demi-heure seulement. Un laps de temps beaucoup trop court pour contrer l'une ou l'autre attaque. À Bruxelles, le temps écoulé entre les deux attentats était sensiblement plus long.

Mais aucune mesure concrète n'a vraisemblablement été prise pour prévenir d'éventuelles répliques.

Dès l'annonce des explosions à Zaventem, les autorités régionales et fédérales se parlent. "Nous apprenons qu'il y aurait des explosions à Zaventem à 8h05 dont nous ignorons la nature. Le temps que les soupçons d'attentat se précisent, des contacts sont pris entre le cabinet et les services fédéraux et les représentants du centre de crise. Dans le cadre de ces contacts, le risque de réplique est évidemment évoqué", explique-t-on au cabinet du ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS).

Le niveau de la menace passe à 4 peu après 8h30 sans que cela soit communiqué aux médias. Il est en tout cas certain que plusieurs policiers ont reçu, à ce moment-là, l'information du relèvement de la menace. Après-coup, il peut sembler évident que le réseau de transport était une cible. Mais mardi matin, la liste des cibles potentielles évaluées par l'Ocam est longue : du port d'Anvers aux centrales nucléaires en passant par les gares et les hôtels. "Sur le moment, aucune cible ne semble plus évidente qu'une autre et les attentions sont partout", confie une source gouvernementale.

Au sein de la Stib, des agents s'inquiètent dès l'instant où ils apprennent que des explosions ont eu lieu à l'aéroport. "Nous savons que le métro est une cible de choix. Deux dispatcheurs ont demandé au directeur de l'exploitation du métro de rentrer les métros. On leur a répondu qu'il fallait continuer de rouler durant l'heure de pointe", s'indigne un conducteur de métro contacté mardi*. Au sein des dispatchings -notamment sécurité- de la Stib, la consigne communiquée reste donc de bien continuer les embarquements afin d'assurer la vitesse commerciale du métro.

La question de la Stib est bien entendu évoquée lors des échanges entre la Région et le Fédéral. "Des contacts sont également pris avec la direction de la Stib", précise-t-on au cabinet de Rudi Vervoort qui indique "qu'il n'y a pas de procédure automatique en cas de soupçon d'attentats, mais une évaluation du fédéral sur l’ensemble des cibles potentielles".

L'évacuation systématique des gares ou du métro ne coule donc pas de source. Pendant 73 minutes, aucune recommandation précise n'est fournie par l'Ocam aux autorités régionales. Quant aux zones de polices bruxelloises, elles ne reçoivent pas d'instruction opérationnelle en particulier de la part du Fédéral.

9h11: Khalid El Bakraoui se fait exploser dans la deuxième voiture d'une rame orange qui s'apprêtait à quitter la station Maelbeek pour rejoindre Arts-Loi. "Le second attentat a été déclaré et la fermeture de l'ensemble du réseau Stib a été décrétée immédiatement", indique-t-on chez Vervoort.

Une évacuation de l'ensemble du réseau aurait-elle permis de sauver des vies ? Impossible à dire. Une évacuation d'une telle ampleur aurait pu comporter d'autres types de risques, sans forcément éviter le pire.

Il n'empêche que l'absence de consignes après le premier attentat fera certainement l'objet de nombreuses questions de la part des parlementaires durant la commission conjointe prévue cet après-midi à la Chambre en présence des ministres Jan Jambon (NV-A), Didier Reynders (MR) et Koen Geens (CD&V).


* La Stib dément fermement cette information et assure que toutes les conversations du dispatching sont enregistrées et qu'aucune demande d'arrêt du métro ne figure sur les bandes qui ont toutes été écoutées