Le polémiste français prendra la parole au Cercle de Lorraine et à Uccle mardi. Certains prônent le droit à la liberté d'expression. D'autres, au contraire, dénoncent sa venue dans la mesure où Eric Zemmour développe, selon eux, une parole de haine. Débat.

"Le droit à la liberté d’expression est fondamental"

Ceux qui défendent le principe de la visite d’Eric Zemmour à Bruxelles viennent d’horizons différents.

1 - Les organisateurs . Le Cercle de Lorraine présente, sur son site, l’ouvrage d’Eric Zemmour comme "une analyse sans tabou de ces quarante dernières années qui, depuis la mort du général de Gaulle, ont défait la France". Il propose à ses membres de participer à son déjeuner-littéraire, qui précédera d’une dizaine de jours un déjeuner-conférence avec Geert Bourgeois, ministre-président N-VA de la Région flamande. Avant de décider de renoncer à la séance de dédicaces qui devait se tenir dans la librairie (Filigranes) qu’il a fondée, Marc Filipson rappelait que cette séance n’avait pas pour vocation " d’être une plateforme de débat". Pour John-Alexander Bogaerts, qui accueillera Eric Zemmour au Club B19, à Uccle, "l’auteur français est un intellectuel de droite" . "Je ne crois pas qu’on puisse le cataloguer de la même manière que Dieudonné", a-t-il dit, précisant que le débat (annoncé sold-out) est réservé aux membres. "Je suis pour une liberté d’expression totale. Je suis apolitique mais, selon moi, si on commence à empêcher des gens de parler, surtout dans des cadres privés, on tombe dans l’extrémisme" , a-t-il déclaré, ajoutant qu’il pouvait "comprendre que des gens s’insurgent contre les propos de M. Zemmour".

2 - Les politiques. Le bourgmestre de la ville de Bruxelles Yvan Mayeur (PS) n’a pas donné suite à la demande de la conseillère Ecolo Zoubida Jellab d’interdire la venue d’Eric Zemmour à Bruxelles. Il a relevé notamment que le rendez-vous au Cercle de Lorraine se tenait dans un cadre privé. "Même si je conteste les propos d’Eric Zemmour, que je trouve nauséabonds, on ne peut comparer son cas à celui de Tareq Al-Suwaidan" (NdlR : prédicateur koweïtien islamiste interdit de séjour en Belgique alors qu’il devait prendre la parole à la Foire musulmane de Bruxelles) , a indiqué M. Mayeur. "Des gens s’indignent de la présence d’Eric Zemmour à Bruxelles et je peux le comprendre. Si des éléments montrent des menaces de manifestation, je n’exclus pas la possibilité d’interdire la cohabitation de ces deux expressions" , a toutefois nuancé l’élu. De son côté, Armand De Decker (MR) le bourgmestre d’Uccle, commune qui abrite le Club 19 précité, s’est dit défavorable à une interdiction du débat même s’il a précisé "ne pas s’être penché plus en avant sur la nature réelle des propos d’Eric Zemmour", qu’il refuse de mettre dans le même sac que Dieudonné. "Le Peuple", l’organe du Parti populaire, mené par Mischaël Modrikamen, soutient la venue d’Eric Zemmour à Bruxelles et a même lancé une pétition en ligne en ce sens.

3 - La Ligue des droits de l’homme. Son président Alexis Deswaef s’est dit réticent à une interdiction a priori de la prise de parole d’Eric Zemmour. "Le droit à la liberté d’expression est un droit fondamental même si nous comprenons qu’il existe un réel danger d’incitation à la haine", a-t-il confié à Sud Presse. Pour la Ligue, une interdiction fait beaucoup de publicité à ceux qui en sont l’objet et les transforme en victimes.


"Il faut déclarer ce raciste notoire persona non grata"

Face à ceux qui défendent le droit à parole d’Eric Zemmour il en est qui considèrent que la visite en Belgique du polémiste français devrait être interdite dans la mesure où l’intéressé développe une parole de haine.

1 - La conseillère communale Ecolo de Bruxelles, Zoubida Jellab. Elle a demandé, en vain, au conseil communal de Bruxelles d’interdire la venue d’Eric Zemmour à Bruxelles. Elle s’est appuyée sur la proximité des considérations du journaliste sur la population immigrée en France avec les thèses du Front national, sur les condamnations pour incitation à la haine dont il a fait l’objet, sur ses propos sur la période du nazisme et sur son interview au "Corriere della Sera", qui lui a valu son licenciement de I-Télé. Elle a rappelé qu’en mai 2012, le bourgmestre de Bruxelles Freddy Thielemans (PS) avait interdit un spectacle de "l’humoriste" français Dieudonné et a souligné l’interdiction faite en novembre au Koweïtien Tareq Al-Suwaidan de participer à la Foire musulmane de Bruxelles. A ce propos, les organisateurs de cette dernière ont estimé, vendredi, qu’il était grand temps de définir le cadre de la liberté d’expression en Belgique. Ils ont critiqué ce qu’ils appellent "la politique de deux poids, deux mesures". Pour Yvan Mayeur, bourgmestre de Bruxelles, les comparaisons entre Tareq Al-Suwaidan et Zemmour ne tiennent pas.

2 - Le Collectif contre l’islamophobie en Belgique (CCIB). Il vient de porter le dossier Zemmour devant la Justice. Dans sa plainte, tout en se disant très attaché à la liberté d’expression, le collectif épingle des citations d’Eric Zemmour qui constituent, selon lui, une incitation à la haine raciale. Le CCIB a adressé une lettre ouverte à Yvan Mayeur et Armand De Decker, bourgmestres de Bruxelles et d’Uccle, les invitant à adopter une position plus ferme. "Il est possible aux citoyens de s’indigner par des actions de protestation non violentes afin d’empêcher que M. Zemmour ne vienne répandre sa haine avec le soutien d’éventuels complices", conclut-il. Pour l’association musulmane Empowering Belgian Muslims, il est "inacceptable que Bruxelles, siège des institutions européennes, offre une caisse de résonance à un raciste notoire, donnant le sentiment d’une hiérarchisation des haines et des racismes, certains condamnables, d’autres acceptés comme des évidences" . Et d’appeler les organisateurs à reconsidérer leur position et les politiques "à faire preuve de courage, de dignité et de cohérence en déclarant M. Zemmour persona non grata".

3 - Le Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie . Le MRAX a appelé à "faire front" contre la venue d’Eric Zemmour et a dénoncé "la banalisation et la normalisation de ses idées racistes et homophobes". Le MRAX rappelle que le polémiste a déjà été condamné dans son pays. "Zemmour est à classer parmi les prêcheurs de haine médiatique", poursuit le MRAX, qui se dit "interpellé par le fait que le Cercle de Lorraine puisse estimer pertinent de donner une tribune, sans aucun débat contradictoire, à cet individu".