A la recherche de l'Homo sapiens

Depuis bientôt deux ans, les services d'archéologie préhistorique de l'Université de Liège mènent au Maroc, dans la région de Tanger, des campagnes de fouilles dans le cadre d'échanges bilatéraux. Cette présence belge s'intensifie d'année en année sur ces sites archéologiques riches d'informations utiles aux chercheurs dans leurs avancées vers de nouvelles théories.

STÉPHANIE KOCH

Depuis bientôt deux ans, les services d'archéologie préhistorique de l'Université de Liège mènent au Maroc, dans la région de Tanger, des campagnes de fouilles dans le cadre d'échanges bilatéraux. Cette présence belge s'intensifie d'année en année sur ces sites archéologiques riches d'informations utiles aux chercheurs dans leurs avancées vers de nouvelles théories.

CREUSET ARCHÉOLOGIQUE

Terre propice et fertile en témoignages préhistoriques, cette partie de l'Afrique bénéficie d'une histoire beaucoup plus ancienne que la nôtre. Voyant apparaître son fonds de population très tôt, une néolithisation plus précoce que dans nos contrées, qui s'installe vers le 8e millénaire, et une succession de colonisations côtières qui ont vu s'installer tour à tour les Phéniciens, les Grecs, les Romains, la civilisation byzantine et les Arabes dès le VIIe siècle de notre ère, cette terre constitue un creuset d'influences et de ressources archéologiques abondantes.

Lors d'une première phase de prospection réalisée en mars 2000, pas moins de 92 sites paléolithiques alors inconnus dans la région de Tanger ont été révélés par les fouilleurs de l'ULg. La suite des opérations a mis au jour un matériel lithique important qui se compte par milliers et dont l'intérêt dépasse de loin la simple connaissance des origines de la civilisation berbère. Ces découvertes peuvent effectivement faire avancer les différentes théories des origines de l'homme moderne en Europe, qui serait apparu il y a près de 40 000 ans.

Sur cette question de son origine, en effet, les hypothèses se répartissent encore en deux grandes écoles. L'une postule une origine africaine commune et unique, autrement dit une seconde vague venue d'Afrique qui aurait tout submergé - ce que l'on nomme Thèse de l'Arche de Noé. La seconde suppose que les hommes modernes européens résulteraient de l'évolution de populations plus archaïques - dénommée Thèse du Candélabre, soutenue elle, par le professeur Marcel Otte de L'ULg.

D'ailleurs, M. Otte l'avoue: `Si je vais en Afrique, en Asie, en Chine ou en Ouzbékistan c'est pour connaître l'Europe. Là-bas, le patrimoine est extrêmement riche et les sites sont plus denses. L'occupation humaine est aussi beaucoup plus ancienne car à l'époque les conditions environnementales étaient tout à fait favorables dans ces régions. Et tout cela nous permet de faire des parallèles et de jouer avec les datations´.

Ces fructueux échanges et les efforts activement poursuivis par l'équipe de l'ULg apportent ainsi des éléments nouveaux indispensables à chacun dans leurs quêtes respectives.

GRAVURES RUPESTRES EN PÉRIL

Preuve de l'intensification de la présence au Maroc des chercheurs belges, tout récemment encore le service réputé de Marcel Otte a été contacté pour se rendre sur place pour une nouvelle mission signalée par l'Association Marocaine pour la Protection du Patrimoine Rupestre.

La situation alarmante d'un site localisé aux limites du désert, au sud de Marrakech, a été soulevée: probablement ancien lieu sacré, ce site rassemble des centaines de dessins datant des environs de l'Âge du Bronze mais il est quotidiennement soumis à de graves déprédations sans doute effectuées dans un but commercial. En effet, il semblerait que ce commerce ait connu une accélération importante depuis ces dernières années marquées par les dernières découvertes en matière d'art préhistorique. Des mises au jour comme la grotte Cosquer, la grotte Chauvet ou la grotte Cussac en Dordogne raniment très probablement un engouement pour ces périodes lointaines qui remontent aux origines de la création artistique... Le service sera donc chargé de mener dans les délais les plus brefs, une analyse pluridisciplinaire de ces oeuvres et de mettre au point un système de mise en valeur et de protection de ce site qui lui a été confié.

© La Libre Belgique 2001

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