L'abstraction italienne au Forma Uno

Claude Lorent

Si Dorazio a allègrement franchi les frontières depuis longtemps, si Carla Accardi refait progressivement surface, il faut bien reconnaître que la plupart des membres du groupe Forma 1 (1947 - 1951) sont passés à la trappe de l'oubli. L'exposition est donc la bienvenue et constitue un pan de l'histoire de l'art italienne à placer en parallèle avec les développements artistiques de l'époque, tant en Europe qu'aux Etats-Unis.

Nouvelles tendances

Mais l'Italie de ces années est aussi celle de l'après-fascisme et celle du PCI, deux éléments qui interviendront dans les options prises par les artistes de Forma 1 (uno). En effet, le PCI a favorisé l'ouverture aux nouvelles tendances en offrant à ces artistes italiens le voyage à Paris suivi de celui à Prague à la rencontre de l'oeuvre de Frantisek Kupka.D'autre part, le critique Lionello Venturi, un antifasciste de la première heure, leur servit de guide et de mentor, si bien que les membres du groupe adhérèrent, ainsi que mentionne Simonette Lux, à l'idée trotskiste de l'art et la relation entre l'art et la politique. La voie abstraite choisie allait aussi à l'encontre des réalismes de l'époque notamment celui d'un Guttuso et prônait un langage formel neuf correspondant aux visions progressistes sur le plan social.La partie historique de l'exposition reprend une série d'oeuvres de 1947 à 1951, généralement des formats petits ou moyens, résolument abstraits, les uns surtout graphiques, les autres davantage composés en zones diversement agencées. S'y manifestent déjà des orientations personnelles même si tous adhèrent à la conception formaliste issue de la Vie des formes de Focillon.

Après la dissolution du groupe, seuls quelques-uns, repris en cette exposition, poursuivirent leur travail de manière significative. En attestent les grandes peintures récentes vivement colorées de Piero Dorazio dont une huile de 1960 dit d'emblée la maturité rapidement acquise par l'artiste. En attestent également la série d'oeuvres de la seule femme du groupe qui fut aussi l'artiste la plus radicale, ou encore cet étonnant triptyque aux couleurs vives, mi-construit, mi-gestuel, de 1973, de Giulio Turcato, auteur également d'une surprenante sculpture, ainsi que les oeuvres de Antonio Sanfilipo, formes et signes éclatés. De Pirelli plus hétéroclite, on retiendra surtout Il Sigillo de 1960, et du sculpteur Pietro Consagra, un fer peint réalisé au passage du siècle.

Cobra

En visitant cette intéressante exposition, on se souviendra que le mouvement Cobra, figuratif celui-là, naissait presque en même temps et que La Jeune Peinture Belge les avait devancés de deux ans, prenant exemple sur la France où l'abstraction regagnait le terrain de l'avant-garde, entre autres à travers l'Ecole de Paris. Sur cette base comparative intéressante, le musée a eu l'heureuse idée de sortir de ses réserves les oeuvres de sa collection correspond à cette époque et à ces données. Un très bel ensemble qui montre que les Italiens de Forma 1 s'étaient engagés dans une voie internationale, mais aussi que la peinture belge du moment était d'une rare qualité et que la collection mérite vraiment d'être mise en valeur.

Forma Uno et ses artistes: 60 oeuvres et film documentaire. Choix belgo-français dans les collections. Musée d'Art moderne et d'Art contemporain, parc de la Boverie, Liège. Jusqu'au 14 déc. Du mardi au samedi de 13 à 18h, dimanche de 11 à 16h30. Excellent catalogue illustré en couleurs.

© La Libre Belgique 2003