L'affiche, comme porte-drapeau des combats politiques

Le Centre de la Gravure et de l'Image imprimée démarre sa saison en boulet de canon. Il y est question de luttes et de combats à tous les étages. Cela vous décoiffe, vous transporte dans un monde, le nôtre, qui s'est toujours soucié de mettre en images, pour le commun des mortels, les prérogatives de pouvoirs, de partis ou de sociétés en quête de programmes, d'esprit de corps, de dépassements de soi usurpés ou justifiés.

L'affiche, comme porte-drapeau des combats politiques
©D.R.
Roger Pierre Turine

Le Centre de la Gravure et de l'Image imprimée démarre sa saison en boulet de canon. Il y est question de luttes et de combats à tous les étages. Cela vous décoiffe, vous transporte dans un monde, le nôtre, qui s'est toujours soucié de mettre en images, pour le commun des mortels, les prérogatives de pouvoirs, de partis ou de sociétés en quête de programmes, d'esprit de corps, de dépassements de soi usurpés ou justifiés. Sur un plan plus esthétique, la présentation diversifie les approches selon les époques et les techniques.

La démonstration relève d'abord de Reaga - Réseau européen d'affiches d'institutions européennes. Elle est le résultat combiné de l'intérêt de diverses institutions internationales pour le support «affiche», moyen de communication exceptionnel entre artistes, commanditaires divers et Monsieur- tout-le-monde. Survol d'une collection qui voyage, «Un combat, des symboles» regroupe ainsi des affiches idéologiques, politiques, humanitaires, en fonction de symboles récurrents, au service de professions de foi parfois diamétralement opposées. Par exemple, l'image de la main crochue a été utilisée par un parti de gauche et par un groupe de droite. Pour coller avec l'actualité, l'exposition démarre avec un mur peint par le collectif d'artistes Farm Prod, issu de l'Ecole Saint-Luc de Tournai. Fort réussie, leur fresque symbolise un siècle de luttes en tous genres.

Drapeau, héros, guerre

L'exploration est immédiatement attrayante, qui balaye large et multiplie les évocations, tout en captant notre attention sur des particularités qui, sans doute, nous échappaient. Le drapeau pour emblème et voici, par exemple, l'Etat-Nation cher à une France du 14 juillet, croquée par Michel Quarez en 1991. Le héros ou «L'Etat c'est moi» cher à de Gaulle, oeuvre d'un graphiste inconnu, s'octroie d'autres envolées que le héros anonyme croqué par Corneille Hannoset pour Amnesty International. Ailleurs, la caricature corse la denrée de valeurs parfois à sens unique, comme au temps de Staline. Seul témoignage préservé et travail d'un collectif oeuvrant contre le racisme, une photo de 200m2 de Christian Carez s'opposait, musclée, en 1980, aux montées de l'extrême droite.

Courage et drames

Plus récente admonestation, le Français Gilles Dupuis stigmatisa un Le Pen au visage exorbité. La propagande électorale a bien évidemment multiplié les slogans et les affiches. Parmi d'autres, celle de Rik «Vers la victoire!», tracée pour le Parti ouvrier belge. Le poing levé révèle bien des combats: «Entre le marteau et l'enclume», de Jean Carla, en 1944, côtoie «40 ans de pouvoir soviétique», du Polonais Jodlowski en 1957. La femme à l'affiche et voilà des symboles de victoire, de courage, de drames aussi. Ainsi Kate Kollwitz et les «Survivants» d'une guerre atroce ou Steinlen et sa «Guerra alla guerra». Entre guerre et paix, il y a la colombe de Picasso pour le «Deuxième congrès mondial des partisans de la paix» en 1950. Et l'écologie est de la partie avec Sempé et les Amis de la Terre, avec Le Quernec et sa «Marée noire, le gouvernement a les mains sales». Les affiches mobilisent!

Propagande soviétique

Sorte de hors-d'oeuvre choisi et emblématique d'une époque heureusement démodée, Europalia-Russie offre à La Louvière un parcours instructif et coloré au coeur de l'URSS du petit père des peuples. Staline et sa conception du bonheur sur fond de travail. Staline et son appel à la guerre sainte contre l'oppresseur démoniaque. Staline et la victoire de héros... parfois «liquidés» trois jours après. Les raccourcis sont ici saisissants, émouvants, pompiers, grandiloquents, stupéfiants. Le tout véhiculé sur de simples affiches, vecteurs impénitents d'un art de vivre, de souffrir et de mourir au seul service d'une idéologie galopante. «Mourons pour des idées d'accord, mais de mort lente», chantait le sage Brassens... que Staline aurait occis. Autres terres, autres moeurs, parfois. Frappantes, sanglantes ou sentimentalement exubérantes, des images racontent ici un monde trompé. Chronologique, l'accrochage réserve de belles surprises, esthétiques, folkloriques, caricaturales, obsessionnelles. Un Deineka était un très bon peintre, court-circuité par sa foi aveugle. Liouchine avait la verve au fusil. Karatchentsov jouait le jeu habilement. «Patrie, honneur, liberté»: des hommes ont cru, ont marché, ont peint et dessiné un monde qui les dépassait. Ces fleurs d'une époque dantesque avouent des charmes aussi passés que leurs colorations acidulées.

Centre de la Gravure, 12 rue des Amours, La Louvière. Jusqu'au 18 décembre, du mardi au dimanche et jours fériés, de 11 à 18h. Entrée gratuite le premier dimanche du mois. Infos: 064.27.87.27 et Webhttp://www.centredelagravure.be

© La Libre Belgique 2005