Choix de maîtres graveurs actuels

Paul Dujardin, le directeur général de Bozar, a été très clair: «Ce projet de collaboration avec le Centre de la Gravure et de l'Image imprimée répond à notre souci de valoriser des beaux lieux de nos communautés. En songeant que l'espace circonscrit autour de la grande salle Henry le Boeuf voit défiler, chaque mois, cinquante mille personnes, l'entreprise semble probante.

Roger Pierre Turine

Paul Dujardin, le directeur général de Bozar, a été très clair: «Ce projet de collaboration avec le Centre de la Gravure et de l'Image imprimée répond à notre souci de valoriser des beaux lieux de nos communautés. En songeant que l'espace circonscrit autour de la grande salle Henry le Boeuf voit défiler, chaque mois, cinquante mille personnes, l'entreprise semble probante. Nous y appâtons un autre public que celui des habituels amateurs de nos expositions. Un public encore diversifié par les curieux qui, le week- end, déambulent chez nous en quête d'autre chose et d'une gratuité, comme c'est le cas pour ces expositions-ci, qui nous engage dans une démocratisation de l'art. Mais le choix du parcours et des planches épinglées revient à Catherine de Braekeleer, la directrice du Centre de la Gravure.»

Antichambre

Et celle-ci a fort bien fait les choses! Un peu comme s'il allait de soi que des gravures de haut niveau assortissent l'environnement des concerts d'un lieu prestigieux de valeurs ajoutées indispensables à l'homme avisé. C'était d'ailleurs, semble-t-il, le voeu d'Horta de voir ces aires d'accueil occupées par de l'art, d'où un retour aux sources dans la logique des choses.

Une première salle, de mise en bouche pourrions-nous dire, rassemble une dizaine de feuillets, certains monumentaux, à même de nous renseigner sur le parcours proposé, sorte d'antichambre attrayante à la démonstration, qui ne l'est pas moins, des particularités techniques et conceptuelles d'un art qui aura épousé, depuis des siècles, les grandes causes d'une esthétique toujours en marche.

Gravure multiple

La commissaire a idéalement pensé sa démonstration: «En accrochant cet ensemble de 130 numéros triés parmi les 11 000 que nous possédons, j'ai voulu que le public puisse découvrir une série de chefs-d'oeuvre accompagnés de travaux sans doute moins connus mais qui lui révèlent la santé d'une expression à part entière. Un art qui, en outre, participe pleinement aux enjeux de l'art contemporain. En vertu de quoi j'ai balisé cinq petits parcours explicatifs d'approches artistiques diverses: le geste à la frontière entre écriture et geste plastique et je pense à Alechinsky, Tapiès ou Belgeonne; la sérialité comme déclinaison de l'imprimé, bien que chacune des pièces puisse exister par elle-même et en voici des preuves avec Scouflaire; l'oeuvre composée de plusieurs morceaux de feuilles comme s'y est attaché François Morellet; la quête de la matière et Richard Serra est un bel exemple; enfin, l'imprimé qui témoigne des enjeux du monde de l'art par rapport à la spéculation et Marcel Broodt- haers s'y est appliqué...»

Ces premiers exemples cités sont immédiatement confortés par d'autres et c'est ainsi que la découverte et la satisfaction ne manquent pas d'agrémenter nos pas de plage en plage, de page en page.

Escales historiques

Au «Supermarché» (1999) de Claude Closky qui recouvre du papier peint d'appropriations d'autres artistes répondent les enveloppes administratives réinterprétées de Pierre Buraglio. Le ton est ainsi donné. Avec ses escales historiques quand se succèdent, sans jamais se marcher sur les pieds, Mir, Tapiès, Alechinsky, Bram van Velde, James Brown. Avec ce que la gravure impose aussi de mémoire et des temps forts frappés de la patte Louise Bourgeois, Georg Baselitz ou Zoran Antonio Music.

La sérialité est l'affaire ici de Jo Delahaut, Sean Scully, Sol LeWitt et du moins connu Kozuke Kimura. L'imprimé explore et c'est une particularité emplie de traces végétales, minérales, expérimentales... Comment ne pas privilégier ici un Serra et ses matières grumeleuses qui touchent les sens, un Dubuffet en quête des phénomènes du monde, un Paladino, un Sicilia, un Bob Verschueren, une Françoise Roy aux herbes secouées par le vent?

Une belle exposition, explicative, intelligente, émouvante.

Bozar, rue Ravenstein, Bruxelles. Jusqu'au 11 juin, du mardi au dimanche de 10 à 18h. Entrée gratuite. Infos: 02.507.82.00 et Web www.bozar.be ou 064.27.87.27 et www.centredelagravure.be

© La Libre Belgique 2006