Cuba s'affiche à La Louvière

L' art de l'affiche doit plus que tout autre répondre à une attente directe du spectateur : le séduire dans l'instant. L'image doit donc être lisible, franche, synthétique, colorée... Encore que le noir et le blanc puissent marquer de beaux points. Pourquoi, peut-on alors se demander, l'art des affiches des pays communistes a-t-il si souvent marqué les consciences ? La propagande n'est pas en soi une marque de valeur.

Roger Pierre Turine

L' art de l'affiche doit plus que tout autre répondre à une attente directe du spectateur : le séduire dans l'instant. L'image doit donc être lisible, franche, synthétique, colorée... Encore que le noir et le blanc puissent marquer de beaux points.

Pourquoi, peut-on alors se demander, l'art des affiches des pays communistes a-t-il si souvent marqué les consciences ? La propagande n'est pas en soi une marque de valeur. Et pourtant ! L'exposition cubaine en cours à la Louvière nous dévoile un choix de 130 images sur le demi-millier que compte la collection réunie par le Liégeois José Lambert.

Entamée en 1995 à la faveur d'une opportunité exceptionnelle, elle rassemble de passionnants feuillets des meilleurs affichistes de l'ère Castro. Des artistes pour la plupart, d'où l'attrait supplémentaire de leurs images. Un peu comme si le message enclos passait au second plan, l'illustration agissant en fer de lance imparable.

Cinéma

Au rez-de-chaussée, les affiches de cinéma, témoins exceptionnels d'un art très en vogue dans cette île des Caraïbes. La Havane comptait 300 salles de ciné à la fin des années soixante. Castro soutient les affichistes. Il y a cette anecdote pour mieux comprendre l'engouement créatif d'alors : Fidel Castro avait exigé qu'à chaque film entrant à Cuba et donc accepté par la censure, corresponde la création d'une affiche.

Une grande liberté graphique était, par ailleurs, laissée aux artistes. Des exemples sont plus probants que d'autres ou, plus simplement, nous séduisent davantage selon nos goûts et nos couleurs, étant entendu que l'imagination s'y affirme sans cesse. Les premiers posters signés Azcui, Bachs, Niko, Reboiro sonnent la charge.

A Cuba, on sut y faire avec un talent fou ! Très diversifiés, les styles en présence éclatent de bonheurs chromatiques, jouent avec lignes et contrastes, donnent des films qu'ils supportent une idée subtilement convaincante. Or, n'est-ce pas là, exactement, ce que l'on attend d'une affiche, quelle qu'elle soit ? Qu'elle vous donne une furieuse envie de vous offrir, séance tenante, le produit vanté ?

Affiche politique

Et cet exploit-là est tout autant, sinon davantage, attendu de l'affiche politique. Laquelle trône, conquérante, messagère et décidée, au premier étage. Avec, premier de la classe, un Che Guevara qui, plus encore que Castro et ceci lui coûtera sans doute la vie, fit vite office de maître rassembleur d'idéaux révolutionnaires en une Amérique latine alors trop en veine de dictatures de droite. A deux pas de lui, un "Cristo Guerillero" de Rostgaard et un "1er Mayo" d'Ascuy, deux affiches sans commune mesure aucune entre elles mais, toutes deux, efficaces.

Le Triomphe de la révolution

Un bel exemple de simplicité dynamique nous est encore valu par un placard de Niko consacré au "XX aniversario del triumfo de la revolucion". L'auteur s'est contenté d'aligner, de haut en bas et de long en large, une lettre R, colorée ou pas sans régularité aucune, tantôt rouge, tantôt blanche ou bleue, l'étoile du Cuba nouveau parmi les lettres.

Autre réussite de Rostgaard, un dessin pour le quatrième anniversaire de la Conférence tricontinentale de 1970 : la composition y joue sa carte sur trois profils armés. De Raul Martinez, auteur d'un "Che" plus savoureux sous son effigie naïve, retenons aussi une image presque votive de 1968 en hommage à "Cuba". Sans oublier les planches de Perez Bolado.

Centre de la Gravure et de l'Image imprimée, 10 rue des Amours, La Louvière. Jusqu'au 17 décembre, mardi à dimanche et fériés, 11 à 18h. Catalogue. Infos : 064.27.87.27

© La Libre Belgique 2006