Surréalistes et bien belges

Flambant neuf, le Musée des Beaux-Arts de Mons (le BAM) affiche la blancheur et la transparence de rampes d'accueil avenantes et d'espaces idéalement conçus. La première exposition en lice nous chatouille, il faut bien dire, dans le sens du poil, s'affirmant de bon augure pour une suite de manifestations escomptées inédites, attrayantes, surprenantes.

Roger Pierre Turine

Flambant neuf, le Musée des Beaux-Arts de Mons (le BAM) affiche la blancheur et la transparence de rampes d'accueil avenantes et d'espaces idéalement conçus.

La première exposition en lice nous chatouille, il faut bien dire, dans le sens du poil, s'affirmant de bon augure pour une suite de manifestations, sans doute moins surréalistes que celle-ci - comment faire mieux dans le genre ? - mais d'ores et déjà escomptées inédites, attrayantes, surprenantes. En misant sur Xavier Canonne et sa connaissance magistrale du plus fumant et corrosif des mouvements artistiques qu'ait connu notre pays, la ville de Mons ne risquait, certes, guère de se fourvoyer. Mais, qu'elle ait osé une réouverture d'emblée enclenchée sur le grand braquet d'une vraie "première", panoramique à ce point - une sorte de "Tout le Surréalisme belge en facettes et images "est à son honneur. Car, nul doute, l'événement fera grand bruit !

Cette volonté de changer la vie avec des mots et des images, credo et mot d'ordre surréaliste s'il en est, est belge. Aux digressions françaises esthétisantes et intellectualistes d'un Breton régnant en pape, Nougé, Magritte, Scutenaire et les autres ont opposé un engagement politique et libertaire.

Tout est surréaliste

On dit volontiers qu'en notre Belgique, tout est surréaliste. Et c'est tellement vrai !

Canonne a publié, il y a peu, au Fonds Mercator, une somme sur "Le Surréalisme en Belgique". Thèse de son doctorat en Sorbonne, cette bible sert évidemment de canevas et de catalogue à l'exploration funambulesque proposée à Mons, que cerne aussi fort bien une sorte de "Guide du visiteur", très utile parcours chronologique à travers les dédales d'un ensemble qui explore la création et ses à-côtés étape par étape. Avec, chaque fois, des oeuvres fortes en accroche-coeur, repères efficaces pour se situer dans l'aventure même de tous ces francs-tireurs inspirés.

Si l'on saisit alors d'autant mieux, vu les ajustements requis, l'angoisse qui dut étreindre un commissaire contraint, jusqu'à quelques heures de l'ouverture, d'installer son exposition virtuellement seulement, par la grâce des 3D, on demeure admiratif devant la lisibilité constante du parcours, son ordonnancement par des jeux de panneaux, de cubes, de vitrines et de circulations aussi libres que raisonnables, devant la qualité des peintures et objets rapatriés et l'importance des documents regroupés par familles et groupes successifs d'irréguliers du langage jamais en peine de tutoyer langue et image avec une verve costaude, percutante.

Hainaut et Bruxelles

Et ça commence : groupe de Bruxelles, groupe du Hainaut, artistes épinglés par la caméra de Georges Thiry, tableaux du Magritte d'avant Magritte ou l'emblématique "L'introuvable", réalisé en 1937 par un jeune Mariën de 17 ans. Les tableaux, films et photos de Magritte (des tableaux fétiche de 1927 à ceux de la période vache) suivent, nombreux, comme le sont les textes inestimables de Nougé, Chavée, Scutenaire, les photos de Lefrancq ou d'Ubac, les collages de Mesens, Irène Hamoir, Max Servais. Des premières années fertiles aux années de guerre, de celles du renouveau et de l'émergence des égéries Graverol et Baes à l'avènement du Daily Bul de Bury et Balthazar, sans oublier les Colinet, Willems, Gutt ou Stas. Un chant de la sédition forcenée qui garde le cap malgré les années....

Bam, rue Neuve, Mons. Jusqu'au 19 août, mardi à samedi, 12 à 18h; dimanche, 11 à 18h; jeudi, 12 à 20h. Infos : 065.40.53.24 et Web www.mons.be

© La Libre Belgique 2007

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