Sur la route avec Plossu

Sur les murs blancs du Musée de Charleroi, les photographies de Bernard Plossu dessinent une frise dense et légère à la fois. Ce sont 500 images de l'ouest américain qui ont dormi entre 20 et 30 ans dans les archives de ce poète bourlingueur et qui offrent le double exotisme du temps et de l'espace.

Jean-Marc Bodson
Sur la route avec Plossu
©Bernard Plossu

Sur les murs blancs du Musée de Charleroi, les photographies de Bernard Plossu dessinent une frise dense et légère à la fois. Ce sont 500 images de l'ouest américain qui ont dormi entre 20 et 30 ans dans les archives de ce poète bourlingueur et qui offrent le double exotisme du temps et de l'espace.

Point de vue du temps, ce délai n'étonne pas si l'on se souvient que l'auteur - prisé aujourd'hui - doit en partie sa renommée au livre "Le voyage mexicain" qu'il publia une quinzaine d'années après le dit périple. Point de vue de l'espace, il suffit de savoir que Plossu est né au Vietnam et que depuis, sa vie est une incessante pérégrination.

Mythe

Dans la partie intitulée "So long, vivre l'ouest américain 1970-1985", on sent l'oeil européen à la recherche de repères. On devine surtout le jeune homme ébloui par l'Amérique et qui découvre avec intensité tant la culture que la contre culture, ces deux faces inséparables du mythe de la côte ouest. La rue y est encore, en toute innocence, un immense théâtre où la consommation et la contestation fusionnent. Plossu se régale de cette (sur) banalité d'un pays dévolu à l'automobile (ce qui permet si bien de dater les clichés) où la dégaine des passants confine au défilé de mode.

Son regard s'agrippe partout et comme il est beaucoup sur les routes, on voit des routes qui pointent droit dans le désert ou d'autres qui sillonnent dans les mégapoles. On voit des restaurants, des motels, des panneaux publicitaires si désolants de jour et si clinquants de nuit. On voit aussi plein de gars de son âge, chevelus et barbus, en train de reluquer les mignonnes court vêtues. Lui non plus ne s'en prive pas, d'un oeil expert. Et tout ce beau monde, sexy à souhait, patine à roulette, surfe ou manifeste en scandant "We want a happy world".

Ils peuvent bien car le pays semble riche et solide si l'on en croit la hauteur des buildings, les Texans à cigare, les banlieues aux gazons impeccables et les Indiens bien sages dans ces réserves qu'on visite le week-end.

Plus riches en tout cas que ce Mexique tout juste au-delà de la frontière où le photographe fit une incursion en 1974. Sous le titre "La frontera", une seconde partie de l'exposition ramène très justement ce court séjour à deux séries serrées et quelques agrandissements en contrepoint de deux textes rudement bien choisis de Cesare Battisti et de Pino Canucci. Où l'on se souvient que pour Plossu "l'espace mental de la photo, c'est la littérature".

"So long" et "La frontera" de Bernard Plossu. Mont-sur-Marchienne, Musée de la Photographie, 11 avenue Paul Pastur. Jusqu'au 23 septembre 2007, tous les jours, sauf le lundi, de 10 h à 18h.

Le livre : Textes de Bernard Plossu et Lewis Baltz. Editions Yellow Now, coll. Côté Photo, 320 p., 250 photos N & B, 20 €.