Les Kaliski, témoins du siècle

Le musée juif de Belgique à Bruxelles, s'agrandit. On connaissait déjà ses locaux en front de rue (on peut y voir une intéressante exposition sur une facette du judaïsme contemporain avec la "Schoule" de Molenbeek). Mais le musée peut dorénavant profiter aussi d'un vaste immeuble derrière sa cour dans lequel il propose une passionnante expo sur les Kaliski, famille belge et juive d'artistes.

Guy Duplat

Le musée juif de Belgique à Bruxelles, s'agrandit. On connaissait déjà ses locaux en front de rue (on peut y voir une intéressante exposition sur une facette du judaïsme contemporain avec la "Schoule" de Molenbeek). Mais le musée peut dorénavant profiter aussi d'un vaste immeuble derrière sa cour dans lequel il propose une passionnante expo sur les Kaliski, famille belge et juive d'artistes. C'est le philosophe Jacques Sojcher qui en est le sensible commissaire.

On connaît bien sûr René Kalisky, mort en 1981 à 44 ans seulement, un de nos plus grands auteurs de théâtre. On vient encore de jouer son "Aïda Vaincue". Beaucoup de ses textes ont été joués en Belgique et en France, en particulier par Antoine Vitez. Son théâtre est celui de l'Histoire et du destin des gens emportés par le grand vent de cette Histoire. Dans ses spectacles, on croise Trotsky, Hitler, Charles le Téméraire, Fausto Copi, Pasolini. Des victimes et des bourreaux, des gens ordinaires ou des vies fulgurantes. L'expo lui rend hommage par des documents, des films d'époque et des extraits de spectacles.

Mas le grand plaisir de l'exposition est de découvrir une rétrospective du travail de sa soeur, Sarah Kaliski, peintre qui, elle aussi, a développé une oeuvre emportée par un siècle de folies meurtrières, de la Shoah au destin des Romanov. Dans ses grands tableaux, elle met en scène ces figures du siècle, les Romanov voués au massacre d'Ekaterinenbourg, les Juifs obligés de nettoyer les trottoirs à la brosse à dents ou forcés de saluer leurs bourreaux. Elle convoque aussi Trotsky, Freud, Kafka, mêlant à une profonde humanité ces personnages hantés par la mort qui rode. Son pinceau est comme dilué, fantomatique et si présent, nostalgique et visionnaire. Une peinture d'émotions et de métaphysique, comme une purification à l'image de l'eau qu'on découvre dans les coins de ses toiles ou de ses grandes bâches. Elle a peint aussi les frères Simenon jeunes (notre photo) après avoir lu dans la biographie d'Assouline que leur mère estimait que c'était le frère de Georges, le vrai génie. Jacques Sojcher reprend alors cette phrase si forte de Rilke, "le beau n'est que le commencement du terrible". L'expo montre l'évolution future de son art et la grande liberté dont elle ne cesse de témoigner.

Son frère Chaïm complète le portrait de cette famille étonnante. Il est resté marqué par la déportation de son père et sa mort à Auschwitz. Dessinateur inventif, original et prolixe, il raconte ces drames mais aussi la vie belge, y compris celle de ses rois !

"Sarah et ses frères, les Kaliski, une famille d'artistes témoins de l'Histoire", au musée juif, rue des minimes, Bruxelles, jusqu'au 24 février. Tél. : 02.512.19.63.