Pina Bausch invite le monde chez elle

Frederico Fellini qui l'avait fait jouer dans "E la nave va" avait résumé Pina Bausch : " Avec son air aristocratique et cruel à la fois, mystérieux et familier, Pina Bausch me souriait pour se faire connaître.

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envoyé spécial à wuppertal

Frederico Fellini qui l'avait fait jouer dans "E la nave va" avait résumé Pina Bausch : "Avec son air aristocratique et cruel à la fois, mystérieux et familier, Pina Bausch me souriait pour se faire connaître. Une religieuse qui mange une glace, une sainte en patins à roulettes, une allure de reine en exil, de fondatrice d'un ordre religieux, d'un juge d'un tribunal métaphysique, qui soudainement te fait un clin d'oeil".

Depuis, le temps est passé, les créations de Pina Bausch se sont accumulées et elle a choisi un ton plus apaisé, plus confiant dans le monde dans lequel nous vivons. Mais la magicienne garde tout son génie et ses fidèles ne changent pas un iota aux rites. Chaque année en mai, elle crée un nouveau spectacle à Wuppertal, son fief, ovationnée pendant plus de dix minutes, avant de tourner dans le monde entier, à commencer par une longue tournée au théâtre de la Ville à Paris.

Les années précédentes, elle avait trouvé l'inspiration en voyageant dans le monde. Cela nous valut de superbes spectacles au départ de la Turquie, du Japon ou de la Corée. Cette année, elle est restée à Wuppertal et sa création (dont le nom ne sera, comme d'habitude, donné que plus tard) est moins spectaculaire sans doute que d'autres, avec seulement 9 danseurs, mais on retrouve d'emblée sa "patte" : les femmes en robes du soir en bustier qui ne les empêchent pas de faire la roue, des sketches désopilants, de la danse pure de toute beauté, un décor comme toujours à couper le souffle (un grand rideau blanc et des voiles secoués par un vent impétueux), des musiques allant de Nina Simone à Tom Waits. On retrouve ses vrais sujets : les sentiments, la séduction, la solitude. Et même l'humiliation faite aux femmes quand un danseur fait tourner sans fin une danseuse en la tirant par les cheveux ou que d'autres empoignent Julie Shanahan sous un ciel d'orage. Partout, on cherche l'amour, mais le chemin est difficile et les tableaux s'enchaînent mêlant les lenteurs exténuantes aux mouvements paroxystiques.

Après avoir tourné dans le monde depuis 30 ans, Pina Bausch a voulu rendre à sa ville (austère et ingrate ville industrielle de la Ruhr) la confiance que celle-ci lui avait faite. Déjà, à trois reprises, elle avait organisé une grande fête de la danse à Wuppertal en invitant des danseurs qu'elle aime. Une fête où une danseuse thaï se mêle à un danseur flamenco et où Almodovar prend un café turc avec Pina Bausch. Elle recommence en novembre avec 40 compagnies invitées, venues de 20 pays, dont Alain Platel qui devrait présenter une passion de Bach qu'il créera en septembre, Sidi Larbi Cherkaoui et Anne Teresa de Keersmaeker. En compagnie de Louise Le Cavalier, le ballet de l'Opéra de Paris, un ballet de Taiwan, etc. Trois semaines d'une fête formidable.

"Tanztheater, 3 Wochen mit Pina Bausch" in Dusseldorf, Essen et Wuppertal, du 7 au 30 novembre, rens. : Web www.fest-mit-pina.de