La Palestine entre poésie et politique

L'exposition au Botanique, de la photographe palestinienne Rula Halawani (née à Jérusalem en 1964, diplômée au Canada et à Londres) est exemplaire de ce que devrait être ce festival "Masarat" qui se déploiera vraiment à partir d'octobre prochain.

Guy Duplat

L'exposition au Botanique, de la photographe palestinienne Rula Halawani (née à Jérusalem en 1964, diplômée au Canada et à Londres) est exemplaire de ce que devrait être ce festival "Masarat" qui se déploiera vraiment à partir d'octobre prochain. D'abord, parce que l'artiste est une femme et qu'étonnamment le nombre de femmes artistes de Palestine ou de la diaspora palestinienne, comme le nombre de femmes qui participeront à cet événement est très grand, surtout pour un pays du Moyen-Orient. Ensuite, parce que Rula Halawani témoigne certes de la situation qu'elle subit en Palestine - elle n'élude pas le poids très politique de ses photos- mais elle revendique un travail d'artiste, et sa vision singulière des choses avec une poésie qui ne donne que plus d'impact à ses photos.

Au Botanique, ses grandes photos noir et blanc au rez-de-chaussée sont d'abord politiques. Comme par exemple, sa série sur la construction du mur de séparation, photographié la nuit, sous les spots. "Je voulais le photographier de nuit, dit-elle, peut-être pour lui montrer que je n'étais pas effrayée. J'y allai. Le mur était si laid, et le pays si triste et malmené. Il n'y avait que des soldats, des machines puissantes et le son des chiens qui aboyaient. J'étais terrifiée et affligée."

Dans une autre série, intitulée "Intimacy" elle montre des mains israéliennes et palestiniennes qui échangent des papiers d'identité aux innombrables check-points : images ambiguës car elles semblent exprimer le contact, alors que ce sont des lieux de contrôle et de peur.

Rula Halawani utilise à bon escient les différentes techniques de photographie. Comme l'image en négatif pour montrer la réoccupation violente d'une part de la Palestine en mars 2002, par l'armée israélienne. Elle utilise le flou progressif dans sa très belle série appelée "irrationnel". Elle ne montre que des fragments de paysages derrière des vitres de pluie. Des séries de quatre photos qui deviennent de plus en plus floues comme des tableaux de Gerard Richter, et dégageant une infinie tristesse.

À Gaza

A l'étage, les photos sont en couleurs et montrent surtout la vie quotidienne des Palestiniens, malgré l'occupation. Des scènes de tous les jours : à la piscine locale, dans un champ d'oliviers, sur les hauteurs de Jéricho où une famille déjeune, lors d'un mariage où l'épouse n'est nullement voilée, pour une bataille de boules de neige devant l'esplanade des mosquées à Jérusalem. Bien sûr, la politique s'invite parfois dans cette poésie du quotidien, avec cette femme portant une valise, en exode devant le mur ou ce jeune lançant un cocktail Molotov dont la photo a gardé la trace de feu.

Après avoir travaillé un temps dans le photo-journalisme, Rula Halawani a choisi cette démarche artistique, à la frontière du document et de l'oeuvre artistique et qui réussit souvent à présenter une autre image que les stéréotypes qu'on a sur la Palestine. A l'image de l'ambition de tout Masarat.

On peut compléter cette visite par l'expo, plus restreinte, au centre Jacques Franck, du photographe de Ga za, Taysir Batniji.

"Pères" montre des photos d'échoppes gazaouies, avec leurs murs craquelés et bigarrés mais toujours ornés de vieilles photos de proches ou de défunts. On ne voit nul humain dans son travail, mais bien ces fragments de mémoire collective. Il propose aussi un "Gaza intime" avec trois vidéos sur la réalité palestinienne telle qu'il la voit : entre l'errance forcée et l'impossibilité de voyager. Cela se traduit par l'attente, infinie et sans but. Une autre réalité à nouveau que les clichés sur Gaza.


Rula Halawani, au Botanique, jusqu'au 12 octobre, du mercredi au dimanche de 12h à 20h. "Pères" de Taysir Batniji, au centre culturel Jacques Franck, chaussée de Waterloo, 94, jusqu'au 5 octobre, de 11h à 18h30, fermé le lundi et le dimanche de 14h à 17 et de 19h à 22h.

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