Fil et sculptures souples

Au moment où toutes les catégories artistiques ont volé en éclat sous l'impulsion de la modernité, de la contemporanéité et par le développement des installations et autres formes de réalisation et monstration des œuvres d'art, il est hasardeux de maintenir des cloisons strictes entre les pratiques et même entre les disciplines.

Claude Lorent
Fil et sculptures souples
©D.R.

Au moment où toutes les catégories artistiques ont volé en éclat sous l'impulsion de la modernité, de la contemporanéité et par le développement des installations et autres formes de réalisation et monstration des œuvres d'art, il est hasardeux de maintenir des cloisons strictes entre les pratiques et même entre les disciplines. Métissages, transversalités diverses, croisements, sont plus que jamais au programme de la création contemporaine, notamment dans les domaines artistiques.

La tapisserie, le textile, n'échappent pas plus au phénomène que la sculpture, la peinture, la photo ou la gravure. Néanmoins, maintenir ces pôles en certains cas peut forcer les créateurs à investiguer dans un créneau de manière à proposer des solutions inédites générées autant par les conceptions actuelles, les connaissances récentes, les préoccupations du moment, les techniques nouvelles, les matériaux les plus divers industriels ou pas. L'art ainsi, en cet esprit d'ouverture, peut poursuivre son chemin en relation avec son temps.

Et c'est effectivement ce qui se passe au sein des Ateliers de Recherche du Centre de la Tapisserie de la Communauté française à Tournai où, chaque année, neuf bourses sont accordées à de jeunes plasticiens, sans que n'apparaissent clairement les distinctions entre les trois orientations : tapisserie, textile et structure.

De la plante aux bonbons

Ce qui prime, c'est visiblement la recherche et l'aboutissement vers une démarche cohérente sinon à une œuvre proprement dite. Les jalons posés par les boursiers reflètent principalement deux préoccupations : des choix personnels quant aux thèmes abordés, et un souci de recourir à des matériaux souples quelle que soit leur consistance, leur origine, leur pérennité. On peut passer de la sorte de la plante verte en germination aux bonbons roses, du plastique le plus anodin au fil le plus précieux. Le tout réside dans l'usage judicieux et adéquat.

Il s'en suit aussi un attachement aux matières et à leur mise en valeur, dans une relation qui, la plupart du temps, fait intervenir la sensualité particulière des éléments, façon de les sortir de leur anonymat ou de leur banalité.

Et ce n'est pas rien. Le rapport à soi, au corps, à la sensibilité, s'inscrit dans plus d'une œuvre autant que des relations au monde, à l'environnement aux problèmes actuels ; rien en fait n'est exclu dans cet univers qui doit, pour convaincre, se méfier de la tentation de la séduction pour elle-même ou du formalisme gratuit.

Heureusement les cas sont rares et l'ensemble offre une panoplie d'une riche diversité rarement dénuée d'une beauté touchante. Il existe dans la visite un vrai plaisir de la découverte.


Recherches 2008. Travaux des boursiers des Ateliers de Recherche. Tapisserie : Manuel Pérez Canteria, Evelyne de Behr, Ildiko Hetesi. Textile : Saiko Ashida, Antonin Bachet, Tatania Bohm. Structure : Myriam Hecquet, Caroline Léger, Inger Elisabeth Gledish. Dans le cadre de L'Art dans la Ville. Musée de la Tapisserie, 9 place Reine Astrid, Tournai. Jusqu'au 31 octobre. Tous les jours, sauf mardi, de 9h30 à 12h30 et de 14 à 17h30. Cat. individuel de chaque participant, ill. coul.