Emile Claus : la nostalgie du bel été

Le temps semblait alors immobile. En ce temps-là, une époque durait plusieurs générations tandis qu’aujourd’hui un homme connaît plusieurs époques à lui tout seul ! Le temps s’est emballé et revoir les beaux tableaux d’Emile Claus suscite une grande nostalgie. Le peintre flamand (1849-1924) n’a jamais cessé de peindre les bords de la Lys, où il vivait.

Emile Claus : la nostalgie du bel été
©D.R.
Guy Duplat

Le temps semblait alors immobile. En ce temps-là, une époque durait plusieurs générations tandis qu’aujourd’hui un homme connaît plusieurs époques à lui tout seul ! Le temps s’est emballé et revoir les beaux tableaux d’Emile Claus suscite une grande nostalgie. Le peintre flamand (1849-1924) n’a jamais cessé de peindre les bords de la Lys, où il vivait. Ses sujets étaient la vie rurale, les travaux paysans, les belles filles sauvages, les scènes villageoises, les vaches traversant la rivière, les saules et les peupliers au coucher du soleil, la lumière qui fait vibrer les couleurs et les formes, les patineurs sur la Lys gelée.

Le musée des Beaux-Arts de Gand consacre une grande expo à Emile Claus, avec un catalogue très complet du Fonds Mercator. Emile Claus est le chef de file incontestable des impressionnistes flamands. Sa manière de se focaliser sur la lumière et le soleil a amené les critiques à parler de "luminisme". De ses tableaux se dégage la joie d’une journée de bel été. On a ainsi le regard ému devant deux petites filles dans une allée de blés (notre illustration), ou devant cette belle femme de dos portant son lourd sac de glaneuse.

Pourtant, malgré l’optimisme de ces tableaux et leur beauté un peu désuète, il y a quelque chose de triste. Mais quoi ? Sans doute ce temps immobile qui a disparu sous l’emprise speedée du monde actuel. Ou est-ce alors lui ? Sa vie fut-elle un long fleuve tranquille ? Le mystère demeure. On montre le beau portrait de sa femme, Charlotte Claus Du Faux, mais quels étaient ses liens avec ses élèves doués qu’il admirait comme Jenny Montigny ? Mais surtout, Emile Claus apparaît comme un remarquable artiste mais auquel il aura manqué un "rien". Il hésita dans ses choix et les comparaisons que l’expo fait avec les toiles de ses contemporains sont éloquentes. Emile Claus a certes la fibre sociale comme le montre le "Pique-nique", magnifique tableau appartenant à la famille royale où on voit les pauvres sur une rive et les riches en face. Mais il ne fait qu’effleurer le social alors qu’Eugène Laermans et Constantin Meunier, présents à Gand, "frappent" bien plus fort.

Emile Claus paraît aussi presque fade, face à l’étrangeté d’un Degouve de Nuncques et surtout de Léon Frédéric très joliment représenté à Gand. Emile Claus n’a quasi-pas voyagé si ce n’est à Londres pendant la Première Guerre mondiale, où il réalisa des vues de la Tamise depuis sa chambre d’hôtel. Il préférait les bords de sa chère Lys et les champs de lin. Sa touche est toujours restée impressionniste, alors que Permeke pointait déjà avec une touche violente et expressionniste. Emile Claus connaissait le pointillisme que William Finch et Henry van de Velde pratiquaient déjà, mais il ne fit jamais le pas.

Nombreux élèves

A cette époque, il y avait déjà eu Cézanne et Picasso peignit "Les demoiselles d’Avignon" en 1907. Emile Claus ne fut jamais de ces courants modernistes et se replia à la fin de sa vie pour ne plus peindre que des paysages purs, dégagés des humains. S’il osa quelques expériences picturales et colorées proches du fauvisme, il resta surtout fidèle à cette nature et cette lumière éclatante qui sont sa signature.

Fut-il aigri ? Non, sans doute car il connut beaucoup de succès (il est significatif que nombre de tableaux montrés à Gand viennent des musées de Tournai, Liège et Bruxelles). Il eut de nombreux "élèves", même en photo avec les "pictorialistes" comme Léonard Misonne, présents à Gand, et qui cherchèrent à reproduire en photo, cette vibration de lumière que Claus savait si bien rendre.

"Emile Claus et la vie rurale", au musée de Gand, jusqu’au 21 juin. Fermé le lundi