Toutes les couleurs jusqu’au noir

Tout fait ou peut faire partie du vocabulaire plastique de Sacha Goerg (Suisse 1975 - vit à Bruxelles) qui est dessinateur, peintre, vidéaste et auteur d’installations, avec éléments sculpturaux, mais aussi de bandes dessinées.

Claude Lorent
Toutes les couleurs jusqu’au noir
©D.R.

Tout fait ou peut faire partie du vocabulaire plastique de Sacha Goerg (Suisse 1975 - vit à Bruxelles) qui est dessinateur, peintre, vidéaste et auteur d’installations, avec éléments sculpturaux, mais aussi de bandes dessinées. Ce qui ne manquera sans doute pas de surprendre avant d’entamer un décodage de ses interventions, d’autant plus qu’il a invité des amis à intervenir dans le parcours.

On ne se fiera pas trop rapidement à l’aspect léger, voire festif et ludique que l’on peut ressentir au contact d’une installation, construction précaire, visiblement provisoire et rapide, faite simplement de montants prenant appui là où ils peuvent, au sol, aux murs, au plafond, et assurant une sorte de transition entre l’entrée et la salle d’exposition, entre l’extérieur et l’intérieur, entre la rue et l’espace artistique séparé seulement par la vitrine. L’équilibre est incertain, momentané et, cependant, on a pris soin de décorer de tissus soyeux et multicolores, vifs et joyeux, les éléments de cette structure improbablement utilitaire. Peut-être une architecture de la précarité qui se serait offert un air de fête pour se donner des illusions et croire que d’autres lendemains sont possibles. Un montage qui correspond à ceux de planches, peints sur papiers. Le recours à une forme d’Arte Povera pour situations sociales en rapport ou pour évoquer un air du temps pas très réjouissant ?

Quant aux petits dessins noirs, très noirs, d’ambiance et d’inquiétude potentielle, énigmatiques, ils pourraient être des flashes nocturnes d’une histoire à inventer, et préparent au passage contraignant prévu par quelques auteurs de fanzines avant de déboucher sur un autre contraste en installation où des guirlandes festives se mirent dans des noirs miroirs d’eau aux formes géométriques particulièrement irrégulières, angulaires et pointues. Toutes les œuvres de Sacha Goerg, y compris cette vidéo beaucoup trop longue au son strident pour monter le ton dramatique d’un simple amusement, oscillent ainsi entre le clair et l’obscure, entre l’ombre et la lumière et cela, pratiquement sans transition comme si le basculement d’un état à l’autre était possible à chaque instant, imprévisible, et comme si rien n’était définitif. Reflet d’un monde actuel dans lequel la plupart des certitudes vacillent, rendant éphémères les situations apparemment les plus certaines ou solides ?

"Sacha Goerg. Leave me alone". MAAC, Maison d’Art Actuel des Chartreux, rue des Chartreux, 26-28, 1000 Bruxelles. Jusqu’au 6 février. Du jeudi au samedi de 14 à 18h. Fanzine et petite publication.