L’instant pictural bonheur

La peinture de Anne Boland est une suite d’hommages et un hymne à la joie. Elle s’inscrit dans la suite directe de la modernité du 20e siècle, recherche l’équilibre des formes et des couleurs, le plaisir des yeux et ne rejette pas le pouvoir décoratif de ces acryliques abstraites aux tonalités bien toniques.

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© L'ARTISTE
Claude Lorent

La peinture de Anne Boland est une suite d’hommages et un hymne à la joie. Elle s’inscrit dans la suite directe de la modernité du 20e siècle, recherche l’équilibre des formes et des couleurs, le plaisir des yeux et ne rejette pas le pouvoir décoratif de ces acryliques abstraites aux tonalités bien toniques. Les œuvres fonctionnent sur le principe d’associations libres de formes généralement très graphiques qui constituent un vocabulaire de base dans lequel Anne Boland (Belge, 1957 - Vit à Bruxelles), formée aux arts décoratifs à Mons puis en gravure et peinture au 75, puise tout en le modifiant suivant les besoins de chaque composition. En fin de compte elle se forge ainsi, en cet ensemble du moins, un style, une identité, une configuration plastique reconnaissable, sans pour autant jamais figer un propos.

L’artiste, en ses peintures, apprécie ce qui bouge, ce qui vit, ce qui transporte au niveau des humeurs, des émotions et des sentiments ; elle aime le mouvement mais l’ordre lui est autant indispensable sans qu’il soit cependant trop rigoureux. Elle provoque des rencontres qu’elle dynamise en jouant sur des couleurs volontiers fluo, posées en aplat, frontalement et sur des agencements formels misant tantôt sur une géométrie stricte et angulaire, tantôt sur des graphies souples, ondulantes, plus ou moins circulaires et donc engageant le regard bien au-delà de leur territoire. Toutes ces imbrications non figuratives sonnent ardemment, joyeusement, avec même une once d’humour, comme un chant dont on peut imaginer qu’il célèbre tous les petits et grands bonheurs, les instants délicieux de la vie. Ces peintures disent aussi d’où elles viennent. Une Shirley Jaffe n’est jamais très loin, parfois dans les circonvolutions linéaires on pense à Brice Marden et côté couleurs, les peintures de Peter Halley peuvent donner le ton et l’ardeur.

Mais il y a plus subtil et plus discret car de temps en temps on repère, ni une citation, ni un emprunt, mais une évocation et ce n’est pas pour rien que l’artiste cite en ses titres et Sonia Delaunay, et Joan Miro, et Alain Resnais en référence à son dernier film, et Yves Saint-Laurent, et même Picasso bien que celui-ci ne laisse pas de trace directe. En fin de compte, avouer que l’on est la fille de parents que l’on choisit avec soin pour se forger sa propre personnalité bien distinctive est une belle marque d’authenticité.


Anne Boland. Peintures. Association du Patrimoine artistique - Espace d’exposition, rue Charles Hanssens, 7, 1000 Bruxelles. Jusqu’au 17 avril. Du je au sa de 15h à 18h30.