Les dialogues plastiques de Santiago Calatrava

Santiago Calatrava (né à Benimamet près de Valence en 1951) est architecte, ingénieur, mais aussi sculpteur, céramiste et peintre. Autant de disciplines intimement interconnectées, chez l’auteur de la monumentale gare de Liège et de la future gare de Mons.

Les dialogues plastiques de Santiago Calatrava
©D.R.
Sophie Lebrun

Santiago Calatrava (né à Benimamet près de Valence en 1951) est architecte, ingénieur, mais aussi sculpteur, céramiste et peintre. Autant de disciplines intimement interconnectées, chez l’auteur de la monumentale gare de Liège et de la future gare de Mons. Les ponts et bâtiments aux formes courbes, complexes, aériennes, qu’il a érigés à travers le monde ressemblent, il est vrai, à des sculptures géantes. Il le dit lui-même: "Quand vous êtes à l’intérieur de la gare, vous ne regardez plus la forme, vous êtes dans l’espace, vous avez pénétré la sculpture." Certaines de ses sculptures, quant à elles, combinaisons, en porte-à-faux, de blocs (de marbre, de granit ou d’ébène) soutenus par de fins fils et pointes d’acier, constituent en soi des prouesses techniques, qui renvoient à Calatrava l’ingénieur. Si bien, soit dit en passant, qu’elles ont donné du fil à retordre à l’équipe chargée de les installer à Liège, au Grand Curtius.

C’est donc là, dans le cadre enchanteur du palais Curtius (XVIIe), ses petites salles et ses planchers qui craquent, que sont dévoilées, sous le titre "Sculptectures", des œuvres du Catalan, en majorité issues de sa collection privée: céramiques, sculptures, mobiles, dessins, aquarelles, photos de ses réalisations architecturales et maquettes. Leur installation suggère le constant va-et-vient que Calatrava entretient entre ces disciplines, qu’il pratique toutes régulièrement, sinon quotidiennement.

Les grandes céramiques peintes qui ouvrent le parcours sont ainsi mises en regard avec des aquarelles, formant autant de variations (tantôt réalistes, tantôt plus graphiques) sur un même thème: la tauromachie. Plus loin, on découvre la conception de la tour Malmö. D’abord un double croquis: un torse d’homme se tournant (un "torse tors", en somme), d’une part, et de l’autre, la figure de "colonne tordue", en neuf tronçons, qu’il a inspirée; cette figure prend vie, ensuite, sous la forme d’une élégante sculpture en blocs d’ébène; enfin, elle devient l’étonnante - et non moins torse - tour suédoise, achevée en 2005. La silhouette de la gare de Lyon-Saint-Exupéry, quant à elle, qui rappelle un oiseau ou une tête d’oiseau plantant son bec dans le sol, est en fait née du dessin d’un œil humain.

L’importance que Calatrava accorde à la lumière et au mouvement dans l’architecture apparaît aussi dans ses sculptures. Un mouvement lent, en l’occurrence, tout en ondulations, sorte de respiration paisible, qui anime plusieurs sculptures mobiles, dont ces gracieux troncs de palmiers en fines lamelles de laiton. Ou ces six grands carrés (1,83x1,83m) unis, chacun traversés de deux courbes, qui ondoient et murmurent. Lumière et jeux de transparence animent, quant à eux, des œuvres en marbre et en albâtre blanc, de grands disques fendus, bombés, évidés -tout en courbes et en pointes, là encore.


Avare de textes et d’explications, l’exposition invite davantage à la contemplation, à la sensation. Liège, Grand Curtius, jusqu’au 27/9, de 10 à 18h. Fermé le mardi. Expo : 8 € tarif plein. Expo + musée Grand Curtius : 12 €.