Une procession carnavalesque

La Belgique en a la spécialité. Voici à nouveau un artiste parfaitement inclassable qui se faufile entre les mailles de tous les filets. Il est plasticien, mais à sa manière, entre le conteur et l’historien, entre l’iconoclaste et l’imagier, entre le dessinateur et le sculpteur, entre le musicien sans instrument, le président de fanfare et l’auteur d’un film à la carrière festivalière. Il est local, Malmedy est son fief, et le folklore du cru la source d’une grande part de son travail, mais il est aussi universel dans les rapports qu’il entretient avec un fond de religion catholique.

Claude Lorent

La Belgique en a la spécialité. Voici à nouveau un artiste parfaitement inclassable qui se faufile entre les mailles de tous les filets. Il est plasticien, mais à sa manière, entre le conteur et l’historien, entre l’iconoclaste et l’imagier, entre le dessinateur et le sculpteur, entre le musicien sans instrument, le président de fanfare et l’auteur d’un film à la carrière festivalière. Il est local, Malmedy est son fief, et le folklore du cru la source d’une grande part de son travail, mais il est aussi universel dans les rapports qu’il entretient avec un fond de religion catholique.

Peut-être vous souvenez-vous avoir vu en foire, en galerie, ici même au musée, une petite installation sculpturale sous cube de verre d’un peloton de coureurs cyclistes précédé d’un Christ à vélo les bras étendus ? Il, Vincent Solheid, en est l’auteur. Amusant ? Oui, mais pas seulement. Insolent ? Pas tellement en fin de compte. Malicieux observateur des humains ? Pas de doute !

Son exposition est pratiquement de circonstance puisqu’elle met en scène l’histoire d’un moine festif, l’abbé Ewald Loïc Delhey, qui aurait, au milieu du XVIIIe siècle, eu la malencontreuse idée de réunir en une promenade de réconciliation les moines et les habitants séculairement ennemis des communes et abbayes de Stavelot et Malmedy. Le vin et l’effervescence récréative prirent rapidement le dessus sur le caractère religieux de l’entreprise, et notre protagoniste fut bientôt banni, exilé et ermite ! Cette histoire, dont on ne garantit pas l’exacte véracité, a laissé des traces de rivalité entre les deux entités, spécialement au moment du carnaval. D’autant plus qu’y est mêlé un char maudit aux allures de confessionnal ambulant qui aurait tenté quelques sorties dans la commune avant d’être incendié. L’artiste en aurait retrouvé quelques restes calcinés et l’aurait reconstruit en le chargeant de manière on ne peut plus kitsch d’une iconographie qui va du religieux à la photo de pin-up, de statuettes votives aux évocations d’excès quasi orgiaques - dont les festivités carnavalesques, notamment, étaient le théâtre.

On aura vite compris, en visitant l’exposition, que cette histoire qui tient des récits populaires, des croyances ancestrales, du folklore, plus que de l’Histoire, est surtout le prétexte pour l’artiste à provoquer un télescopage irrévérencieux et salutaire entre un substrat de religiosité persistante et les pratiques carnavalesques les plus débridées. Dans ce contexte où tout est permis pendant les jours de liesse, surtout le défendu, il se permet effectivement tout jusqu’à l’hybridation de statuettes à l’origine religieuses, jusqu’à introduire le smiley rose chargé à l’ecstasy, pilule de l’amour, dans l’imagerie d’un chemin de croix, jusqu’à mettre en place une incroyable procession à l’aide d’une multitude de figurines, jouets si proches de nos réalités Le tout sous le regard d’un Christ souffrant, proclamant : père, pardonne-leur. Parlerait-il de nous ?

Vincent Solheid. Confessions publiques/Lauréat Pop Up 2012. Musée d’Ixelles, 71, rue Jean Van Volsem, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 26 mai. Du mardi au dimanche de 9h30 à 17h. Fermé lundi et jours fériés. Infos : www.museedixelles.be Petit catalogue illustré, texte de Pierre Vandenbergh, biographie.