Des artistes polonais

Une hostie dans une bouteille", ah le beau titre que voilà ! Il est tout droit sorti de l’énoncé d’une œuvre de l’artiste polonaise Maria Wnek (1922-2005), que les habitants des petites villes d’Olszanka et de Nowy Sacz ont toujours connue un baluchon sur le dos, tant elle déménageait, ballots et paquets en goguette avec elle.

Roger Pierre Turine

Une hostie dans une bouteille", ah le beau titre que voilà ! Il est tout droit sorti de l’énoncé d’une œuvre de l’artiste polonaise Maria Wnek (1922-2005), que les habitants des petites villes d’Olszanka et de Nowy Sacz ont toujours connue un baluchon sur le dos, tant elle déménageait, ballots et paquets en goguette avec elle.

Schizophrène, elle fit peu d’études, s’arma de patience dans divers boulots et peignait sa vie, ses peurs, sa religiosité. Très croyante, elle participait à toutes sortes de pèlerinages. "Du lait au lait, une hostie dans une bouteille..." : quel titre énigmatique ! Or, cette Maria Wnek faisait partie de la collection d’Art en Marge depuis longtemps, depuis un voyage en Pologne de Françoise Henrion dans les années 80. D’autres peintures ont rejoint ces premiers achats à la faveur d’une exposition qui, si elle brosse large, révèle quelques personnalités sortant aussitôt du lot. Et, curieusement, les plus anciens des artistes sont aussi les plus intéressants, un peu comme dans la collection Prinzhorn.

Plusieurs dessins de Wnek frappent l’imaginaire avec leurs silhouettes curieuses en jaune sur des fonds bleus. 19 autres créateurs l’accompagnent, certains autodidactes, d’autres en provenance d’institutions psychiatriques. Tatiana Veress voit cet ensemble de travaux comme le condensé d’une création qui s’affirme "entre tradition et subversion, fatalisme et légèreté, religiosité et érotisme". On peut la voir ainsi en songeant à la grande tradition catholique de la Pologne, à l’asservissement au communisme qui éveilla des rebellions, à la dureté d’une vie pauvre.

On peut aussi y voir des personnalités tranchées, justement retranchées dans un monde qui les habite à l’intérieur et les pousse à s’exprimer en marge de toute logique. A l’étage, par exemple, il y a, superbes de précision et de finesse, les dessins au crayon d’Edmund Monsiel (1897-1962), un homme qui, traqué par la Première Guerre mondiale, vécut de petits travaux, tout en dessinant pour lui seul.

C’est après sa mort que l’on retrouva ses centaines de dessins soigneusement enfermés. Les dessins d’un mégalo inventif et surprenant. Remarquable aussi, coloré et profond, le monde subtil et chargé d’identités savantes de Ksawery Zarebski (1901-1984), de Varsovie. Il vécut la guerre en Angleterre et retourna en Pologne en 1955, soudain victime de la maladie de la persécution. Il fut interné et se mit à peindre un univers qui lui convenait mieux que le vrai. On retiendra aussi les sculptures en bois d’Edward Sutor (1917-1984), les "Blue Works" d’Henry Zarski (1944); enfin, les portraits de profil de Kazimierz Cycon (1931-2004), qu’on pourrait, bien que différents, rapprocher, par leur côté répétitif, de ceux de Paul Duhem. Une exposition qui mérite qu’on s’y arrête, car on y découvre autre chose que ce que l’on a coutume de voir du côté de l’art outsider.

Art)&(Marges Musée, 312-314, rue Haute, 1000 Bruxelles. Jusqu’au 26 mai, du mardi au dimanche, de 11 à 18h. Catalogue avec une biographie de tous les artistes. Infos : 02.533.94.90 et www.artetmarges.be